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Ce texte est la postface ą l’essai de Caffentzis : Incommensurable valeur ? que j’ai annoncée dans la présentation.

 

 

No admitance except on business

 

Pour une critique de l’économie politique du capitalisme contemporain

 

 

 

« L’art n’était–il donc rien s’il est désormais tout, s’il est désormais l’extérieur du musée confondu exactement avec l’intérieur, s’il met la chaise de Gauguin ą la place de la chaise de Gauguin peinte ? »

Jean–Philippe Domecq

Artistes sans art ?

 

L’exception théorique franćaise

 

Dans la continuité de l’« Čme politique » de Mai 68 et ą partir de son milieu d’origine (Charrier 2005)1, l’exception théorique franćaise sur une double hypostase qui porte sur la classe prolétaire  et sur le mode de production capitaliste, la premiŹre déterminant logiquement la premiŹre.

 

La premiŹre, donc, c’est l’hypostase de la classe prolétairea comme Prolétariat, dans laquelle la lutte de classes (c’est–ą-dire l’antagonisme entre la classe capitaliste et la classe prolétaire sur la défense de leurs conditions respectives de reproduction – autrement dit : la défense de leur existence et de leur position dans la société du capital) et érigée en substance fournissant ą « la classe » sa capacité révolutionnaire dans le cours de son devenir « communisateur », comme on dit aujourd’hui dans Meeting. Cela prend des formes diverses et variées, d’Invariance (Camatte 2002a : 23–24) ą Trop loin (2005 : 20) qui font du prolétariat un « en dehors » de la société capitaliste, en passant par Échanges (H. Simon 2001) avec l’« autonomie » comme dimension ontologique de la classe prolétaire. Théorie Communiste, pour sa part, ne fait qu’établir (ą partir de 1979) une (dis)continuité dans la mise en forme de la mźme hypostase, au travers de la vision du monde panthéorique que suppose son systŹme2. Dans tous les cas, la théorie franćaise ne fait qu’« emplir » abstraitement et sans médiation l’źtre ou l’existence pratique de son sujet (le Prolétariat) de ce qui était pour le paradigme ouvrier de la révolution le « débouché politique » des luttes économiques immédiates qu’il plaćait dans le devenir pour soi de la classe en soi dans son parti (Marx 1965b : 135) , moyennant quoi en « emplissant » ainsi de théorie le Prolétariat, elle est plus dans la descendance de la gauche communiste italienne et de son hypostase programmatique qui « emplit » le parti (Charrier 2005b : 4) – quoi que puissent par ailleurs en penser ses acteurs (Charrier 2005b : 5 note 10).

 

La seconde hypostase est celle du procŹs (contradictoire) du capital, ou du capital valeur en procŹs, par rapport ą la capitalisation de la plue–value ; c’est celle de l’hypostase de la plus–value par rapport au profit, ou de la production de la plus–value par rapport ą sa réalisation en vue de sa capitalisation, alors que la finalité ultime du mode de production capitaliste n’est pas la production de plus–value mais sa capitalisation, donc son accumulation.

 

Ces deux hypostases, toutefois, ne sont pas de mźme nature. Celle du procŹs de valorisation consiste ą séparer ce dernier, ą l’autonomiser, du procŹs d’accumulation alors que les deux sont liés par une « connexion intime » (Marx) dans le mouvement réel du capital au travers des phénomŹnes empiriques de la production. De ce fait le capital y est érigé en totalité abstraite : c’est le « Capital dans son concept », comme totalité, également substantifié, dans le cours de son « abolition ». Mais cela ne signifie pas pour autant que le procŹs de valorisation du capital n’est pas contradictoire ou qu’il est aboli comme tel ni que cette hypostase conćoit quelque chose qui n’est pas réel ou effectif dans le capital contemporain. En revanche, l’hypostase de la classe prolétaire conćoit quelque chose qui n’existe pas aujourd’hui : le prolétariat dans son devenir « communisateur » en conséquence d’une fausse perspective historique et théorique qui considŹre ce que l’on nomme classiquement la « domination formelle » du travail par le capital comme une période historique effective du mode de production capitalisteb. AprŹs ća, parler de mode de production « spécifiquement » ou « réellement » capitaliste, parler de l’activité d’une classe agissant « strictement » en tant que classe de la société capitaliste, suppose d’abord qu’il pourrait en źtre autrement, ce qui n’est pas le cas, ni en théorie, ni historiquementc.

 

Comme je l’ai dit plus haut, c’est l’hypostase de la classe prolétaire qui détermine au niveau de l’analyse du capital qui lui est logiquement subordonnée, celle du procés du procŹs de valorisation. En conséquence, l’exception théorique franćaise a consisté – et consiste toujours – ą faire de la théorie de la révolution une Théorie du Prolétariat ou ą substituer une Théorie du prolétariat ą une critique de l’économie politique du capitalisme contemporain.

 

Bref, entre « invariance » et « tradition de la nouveauté », la théorie franćaise du Prolétariat, en s’interdisant du « juger sur piŹce », finit par faire la preuve, 37 ans aprŹs son établissement, des difficultés qu’elle rencontre ą rendre compte du cours actuel de la lutte de classes et du cours réel du capital dont elle participe en tant que « forme de mouvement » dans laquelle se résolvent les contradictions de son procŹs de valorisation (j’y reviens tout de suite). L’analyse de la période actuelle que font Dauvé et Nésic dans Il va falloir attendre (2005), mais aussi la critique qu’en fait Théorie Communiste (2004 : 5–59), sont de bons exemples de ces difficultés.

 

Bien que, comme on vient de le voir, du point de vue logique l’hypostase de la classe prolétaire est premiŹre dans la production de la théorie du Prolétariat par rapport ą celle du procŹs de valorisation du capital, dans la critique de l’exception franćaise, c’est par cette derniŹre qu’il faut commencer.

 

 

L’hypostase du procŹs de valorisation du capital

 

Depuis la « découverte » par Camatte de la « définition du capital valeur en procŹs », valeur qui se valorise, et non somme de valeurs (Camatte 1978 : 32) et du caractŹre contradictoire de ce procŹs (Barrot 1969 : 211–212), la théorie franćaise s’est enfermée dans cette hypostase au travers d’une conception abstraite de la loi de la valeur et au mépris du mouvement réel d la production capitaliste réduit ą une stricte empirie.

 

Dans les Fondements… Marx revient deux fois sur le procŹs contradictoire du capital : dans le tome I (1967 : 379) et dans le tome II (Marx 1968b : 220–222). Dans le tome I, il pose les choses du point de vue du rapport entre le surtravail et le travail nécessaire tandis que dans le tome II il les pose du point de vue du temps de travail ; mais il n’y a pas pour autant incompatibilité entre les deux approches qui sont complémentaires. Si « le capital est une contradiction en procŹs » (Marx 1968b : 220) c’est pour autant qu’alors qu’il pousse ą la réduction du temps de travail il fait simultanément de celui–ci la seule source et la seule mesure de la richesse ; s’il est une « contradiction vivante » (Marx 1967 : 379) c’est parce que cette réduction du temps de travail correspond ą un accroissement de sa forme de surtravail : le travail nécessaire suppose donc le surtravail et sa réalisation comme plus-value, ce qui fait de celle–ci une limite au travail et ą la valeur en général. En conséquence, le capital impose des limites qui lui sont propres aux forces productives tout en les poussant ą dépasser ces limites. Il tend ą rendre la création de richesses relativement indépendante du temps de travail et simultanément il mesure les forces sociales qu’il crée (le General intellect de Negri) d’aprŹs l’étalon du temps de travail ; il les enserre ainsi dans les limites du maintien en tant que valeur des valeurs déją produites, c’est–ą–dire du « capital valeur en procŹs ». Tout cela est vrai, la question cependant est : peut–on en rester ą ce niveau d’analyse lorsqu’il s’agit de rendre compte du mouvement réel du capital ?

 

La réponse est non car cela reviendrait ą nier le caractŹre processuel et « vivant » de la contradiction, et par lą du capital lui–mźme réduit ą sa « matiŹre » comme somme de valeurs. Cela reviendrait ą faire de celle–ci un nihil negativum ou une contradiction dans les termes qui ne débouche sur rien, une impossibilité, quelque chose qui n‘est ni produit ni reproductible. Or, depuis prŹs d’un siŹcle que le capital existe comme société, ą travers ses crises économiques et/ou politiques, sociales et/ou guerriŹre, il a tout montré sauf qu’il est un systŹme absurde, mźme si en lui « la loi générale ne s’impose comme une tendance dominante que de maniŹre approximative et complexe, tel un terme moyen et invérifiable entre d’éternelles fluctuations » (Marx 1968a : 953), mźme si les politiques de régulation n’interviennent que post festum et ne sont pas un programme a priori de la classe capitaliste ou de son État. Dans son concept (et donc dans son invariance) d’accumulation comme capitalisation de la plus–value (Marx 1965 : 1082) et dans sa réalité comme société économique, le capital fait tous les jours, en dépit de ses contradictions, la preuve de sa cohérence. Il reste ą voir comment cela est possible, c’est–ą-dire comment ces contradictions peuvent źtre dépassées dans leur reproduction. La réponse se trouve chez Marx.

 

Dans le passage du Livre I du Capital consacré ą « la métamorphose des marchandises », Marx explique en effet que « l’échange des marchandises ne peut (…) s’effectuer qu’en remplissant des conditions contradictoires, exclusives les unes des autres » (1965 : 642) – comme par exemple źtre en mźme temps « or réel » et « fer réel » – et que le développement de l’échange « qui fait apparaĒtre la marchandise comme une chose ą double face, valeur d’usage et valeur d’échange, ne fait pas disparaĒtre ces contradictions mais crée la forme dans laquelle elles peuvent se mouvoir » (Marx 1965 : 642. Je souligne) ce qui est, précise–t–il, « la seule méthode pour résoudre des contradictions réelles » (ibid.). Ainsi, au niveau qui nous intéresse ici, c’est–ą-dire celui du procŹs de valorisation, il nous faut chercher quelle est la « forme de mouvement » (ibid.) dans laquelle la contradiction qu’est le capital « se réalise et se résout ą la fois » (Marx 1965 : 643) et existe réellement comme procŹs vivant. Autrement dit quelle est la forme dans laquelle le capital peut tout ą la fois pousser ą la réduction du temps de travail et faire de celui–ci la seule source de la richesse, poser des limites aux forces productives et pousser au dépassement de ces limites, tendre ą rendre la création de la richesse sociale indépendante du temps de travail et la mesurer ą l’étalon de ce mźme temps de travail.

 

La réponse, encore une fois, se trouve chez Marx qui la donne dans le Livre III du Capital (mźme si c’est sans référence ą son analyse des Fondements) : cette forme de mouvement dans laquelle le capital réalise et résout les contradictions de son procŹs de valorisation c’est la transformation des valeurs en prix de production (1968 (a) : chapitre VI du Livre III), c’est donc l’économie du capital, autrement dit « les formes du processus d’ensemble », selon le titre envisagé par Marx pour le Livre III (1968 (a) : 867). Dans ces formes, par la médiation de l’établissement d’un taux de profit général comme égalisation des taux de profit particuliers, « le prix de production est fonction de la somme du travail payé augmenté d’une quantité de travail non payé déterminée pour chaque secteur particulier, indépendamment de celui–ci » (958), autrement dit la valorisation d’un capital particulier est rendue indépendante de sa composition organique en valeur, « ainsi, dit Marx, le profit lui apparaĒt comme quelque chose d’extérieur ą la valeur intrinsŹque de la marchandise » (960). Que « la transformation des valeurs en prix de production contribue ą obscurcir la base de la détermination mźme de la valeur » (ibid.), c’est–ą–dire, au niveau du capital total, et qu’ainsi « l’origine véritable de la plus value s’en trouve d’emblée obscurcie et [deviennent] mystŹre » (959), n’est rien d’autre que le propre de l’économie capitaliste dans son objectivité qui ne remet aucunement en cause la théorie de la valeur travail elle–mźme au niveau global. Il n’en reste pas moins qu’au travers de cette disjonction relative entre la valeur et le profit, qui elle n’est pas un mystŹre, ce qui pouvait apparaĒtre comme une contradiction dans les termes au niveau du procŹs général de valorisation, ą condition d’en rester ą celui–ci, se résout dans le mouvement réel de l’économie capitaliste, entre les deux sections fondamentales du systŹme de production (moyens de production et biens de consommation) et, ą l’intérieur des deux sections, entre les entreprises qui les constituent, au travers de l’égalisation des taux de profit particuliers en un taux général. Pour autant, contrairement ą se que prétendent les détracteurs du Livre III du Capital, la disjonction entre la valeur et le profit n’aboli pas la « connexion intime » (Marx) qui existe entre le capital comme valeur en procŹs et le systŹme des prix de production qu’il suppose.

 

« La question vraiment difficile, écrit Marx, est de savoir comment cette égalisation des profits en un taux de profit général s’opŹre, celui–ci étant évidemment un résultat plutôt qu’un point de départ. » (1968 (a) : 967). Lą encore, pour pallier ą cette difficulté il faut avoir recours ą une forme dans laquelle elle puisse se mouvoir pratiquement ; cette forme, le capital la crée également lui–mźme : c’est « la guerre de la concurrence » (1965 : 1138) que se livrent les capitaux particuliers en tant qu’entreprises. Celle–ci « impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes ą chaque capitaliste particulier » (1096) ; laquelle « se fait ą coup de bas prix » (1138), lesquels dépendent de la productivité du travail et de l’échelle des entreprises, donc du degré auquel la plus-value est capitalisée, laquelle capitalisation suppose la transformation des valeurs en prix de production qui suppose elle–mźme l’égalisation des taux de profit particuliers, etc : No admitance except on businessd comme dit Marx ou, si l’on préfŹre, c’est le « conceptuel Business as usuale capitaliste », comme dit Caffentzis, qui n’est rien d’autre qu’une version pragmatique profane de l’autoprésupposition du capital. Mais ce n’est pas tout.

 

« Toute la difficulté, écrit encore Marx, vient de ce que les marchandises ne sont pas échangées seulement en tant que telles [c’est–ą–dire ą leur valeur] mais en tant que produits de capitaux qui réclament une participation ą la masse totale de la plus–value en proportion de leur grandeur, ou, ą grandeur égale, une part égale. » (1968 (a) : 968) Et cette prétention des capitalistes individuels est tout sauf arbitraire dans la mesure ou « il n’existe pas et il ne pourrait exister de différences dans les taux moyens de profit pour les différentes branches d’industrie, sans que tout le systŹme de la production capitaliste s’en trouve aboli. » (945. Je souligne). Rien de moins ! C’est toute la différence qui existe entre l’invariance du capital « dans son concept » et l’historicité de son mouvement réel. Car si tel était le cas, c’est–ą-dire si la valeur des marchandises et leur prix de production étaient identiques, avec la disparité que cela implique entre les taux de profit particuliers, cela entraverait nécessairement l’accroissement de la productivité du travail que suppose le systŹme de production capitaliste du fait de l’intérźt moindre qu’il y aurait pour un capital particulier d’accroĒtre sa composition organique. Ensuite, il n’y aurait aucun intérźt pour le capital ą investir dans des branches impliquant d’emblée une composition organique plus élevée que la moyenne, tandis qu’il se concentrerait dans les branches ą composition organique basse et au–delą, cette disparité des taux de profit rendrait problématique l’établissement de rapports proportionnels entre les composants du capital des deux sections fondamentales de la production capitaliste, ce qui produirait une pléthore de capitaux dans la section II (composition organique faible, vitesse de rotation rapide) et une pénurie chronique dans la section I (qui possŹde les caractéristiques inverses) – C’est ce qui tend ą se produire aujourd’hui (Brender et Pisani 1999 : 97–117), sauf ą ce que les capitaux consommés dans la section I (pour les infrastructures productives, par exemple)  soient « dévalorisés », c’est–ą–dire privé du taux de profit moyen au travers de leur prise en charge par l’État, ce qui est en train de disparaĒtre progressivement aujourd’hui. Bref, comme l’écrit A. Bihr, « autant dire que la reproduction du capital comme valeur en procŹs requiert l’égalité du taux de valorisation des capitaux ą l’intérieur  des différentes branches de production, malgré l’inévitable inégalité des conditions de production et de circulation dans lesquelles ces mźmes capitaux assurent leur valorisation. » (Bihr 2001 : 24) 2

 

On voit donc pourquoi et comment la prétention des capitalistes individuels ą participer ą la masse totale de la plus–value en raison exacte de leur taille est tout sauf une vaine exigence personnelle égoēste dans la mesure oĚ si dans ces conditions « le travailleur appartient ą la classe capitaliste avant de se vendre ą un capitaliste individuel » (Marx 1965 : 1080), ceci implique tout autant que le possesseur d’argent appartient ą la classe capitaliste avant d’acheter un travailleur individuel. C’est cette appartenance a priori qui produit la bourgeoisie comme classe capitaliste au travers de la transformation des valeurs en prix de production et l’égalisation des taux de profit qu’elle suppose3. En derniŹre instance la lutte entre la classe capitaliste et la classe prolétaire sur leurs conditions respectives de reproduction, et plus généralement ą propos de leur position dans la société du capital, est la forme de mouvement dans laquelle se résolvent les contradictions du capital comme valeur en procŹs.

 

En rester au niveau du procŹs contradictoire de la valorisation du capital « dans son concept » revient donc ą considérer que le capital est virtuellement aboli. Ce que fait Camatte qui établit « la mort potentielle du capital » (Camatte 2002b) ą partir de l’équation « théorie du prolétariat = théorie de la valeur = théorie de la marchandise » (Camatte 1999 : 109) – « en tant que telle », c’est–ą–dire alors qu’elle s’échange ą sa valeur – ce qui est vrai et parfaitement cohérent, mźme si ce n’est pas comme cela que ća se passe en réalité (comme on l’a vu l’obscurcissement de l’origine véritable de la valeur est cela mźme qui rend son existence effective comme capital en mźme temps que cela entraĒne la disparition du Prolétariat que Camatte assimile ą l’inexistence de la classe prolétaire), alors que le reste de la théorie franćaise du Prolétariat, qui n’a pas de mots trop durs contre Invariance, n’a pas cette cohérence. Mais pour autant, son rejet des conclusions de Camatte ne la rend pas plus apte ą rendre compte correctement du cours réel du capital et de la révolution.

 

AprŹs avoir posé que le capital serait impossible si les taux de profit des capitaux particuliers demeuraient dans leur disparité, Marx en tire deux conclusions théoriques majeures pour notre propos : la premiŹre est qu’« Il peut donc sembler que la théorie de la valeur soit ici incompatible avec le mouvement réel et les phénomŹnes empiriques de la production » (Marx 1968a : 945), puisque dans la vente de leurs marchandises les capitalistes réclament leur dě indépendamment de la prise en considération de la composition organique de leur capital ; la seconde conclusion est que en conséquence « il faille mźme renoncer ą comprendre ces derniers » (les phénomŹnes empiriques de la production) (ibid.), c’est–ą–dire que l’accŹs ą la compréhension de l’économie du capital serait impossible. Autrement dit, si l’on en reste ą la loi de la valeur on est incapable de comprendre le mouvement réel du capital ce qui ne peut en retour que disqualifier celle–ci.

 

Ces deux remarques sont loin d’źtre anecdotiques dans la mesure oĚ elles posent la question de la possibilité de la critique de l’économie politique du capital. Elles le sont d’autant moins que Marx lui–mźme ne simplifie pas les choses en expliquant dans le Livre I du Capital (alors qu’il vient de s’employer ą déduire la plus–value de « la formule générale du capital » [1965 : 695–696]) que « la formation du capital doit źtre possible lors mźme que le prix des marchandises est égal ą leur valeur (1965 : 713 note a), et Engels non plus lorsqu’il écrit (dans le but de défendre, justement, la transformation des valeurs en prix de production) que « la loi de la valeur de Marx est (…) économiquement valable en général pour une période allant du début de l’échange marchand jusqu’au XVŹme siŹcle de notre Źre » (Engels 1984 : 933), donc qu’elle ne l’est plus pour le capital. Pour sa part Marx précise dans le passage sur lequel s’appuis Engels que « l’échange de marchandises ą leur valeur – ou approximativement ą leur valeur – suppose, par conséquent, un stade moins avancé que l’échange aux prix de production, qui nécessite un niveau élevé du développement capitaliste » (1968 : 969) ; mais ceci reste malgré tout assez imprécis. Bref, on comprend pourquoi Achille Loria, l’économiste italien auquel s’en prend Engels dans sa défense du Livre III, peut écrire que « se préoccuper d’une valeur ą laquelle les marchandises ne sont pas échangées ni ne peuvent jamais l’źtre, aucun économiste ayant un grain d’intelligence ne l’a fait ni ne le fera jamais. » (Engels 1984 : 922. C’est E qui souligne.)

 

Le caractŹre problématique de la théorie de la valeur tient au fait que d’un côté, dŹs l’instant oĚ les marchandises n’existent plus « en tant que telles » mais en tant que produit du capital, elles ne s’échangent plus ą leur valeur mais ą leur prix de production et que, d’un autre côté, tant que tel n’est pas le cas, elles ne constituent pas une économie ou un mode de production ą l’image de ce qu’il se passe avec le capitalisme. Dans le premier cas, on peut comprendre l’invective de Loria : pourquoi s’embarrasser d’une théorie qui ne rend pas compte du mouvement réel de l’économie capitaliste ? Un questionnement, comme on l’a vu, qui existe chez Marx (d’autant plus si l’on considŹre que le Livre III du Capital est une somme de travaux préparatoires et donc que les questions qu’il se pose sont des questions auxquelles il est réellement confronté) et qu’Engels endosse lorsqu’il dit que la loi de la valeur n’est « économiquement valable en général » que pour la période non capitaliste de l’histoire de l’humanité.

 

Dans le second cas, l’invective de Loria, pour źtre moins pertinente que la premiŹre du point de vue du capital, n’en pose pas moins de sérieuses questions sur l’existence d’une économie non capitaliste, pour le moins problématique (Finley 1975). Surtout lorsque Marx note : « La question de savoir quelle forme de propriété fonciŹre, etc., est la plus productive, ou crée la plus grande richesse, n’a jamais préoccupé les Anciens. ň leurs yeux, la richesse n’est pas le but de la production (…). L’enquźte porte toujours sur la question : quel mode de propriété crée les meilleurs citoyens ? (… ) Dans toutes ses formes, elle [la richesse] se présente sous un aspect matériel, soit comme chose, soit comme un rapport médiatisé par la chose, mais toujours en dehors de l’individu ou, par accident, ą côté de lui »(Marx 1968c : 327. Je souligne), etc. Plus prŹs de nous, cela pose la question du statut de la fameuse « petite production marchande », entre concept théorique et réalité historique, dans la mesure oĚ celle–ci n’a jamais fondé un mode de production spécifique et par lą la base d’une société économique, et encore plus prŹs, celui de la « subsomption formelle » dans la mesure oĚ elle conserve l’échange des marchandises ą leur valeur et non ą leur prix de production.

 

On a vu dans l’essai de Caffentzis comment certains théoriciens de la mouvance altermondialiste posent que si l’on peut considérer que la classe capitaliste est en mesure de répartir correctement les résultats de la production, il n‘y a pas lieu de s’encombrer de la loi de la valeur pour se lancer ą l’attaque du capital. A contrario, on verra comment la théorie franćaise du prolétariat considŹre qu’il n’y a pas lieu de s’embarrasser des phénomŹnes empiriques du capital et de son mouvement réel puisque au final tout se résout dans la loi de la valeur… Mais avant cela ce sera la fameuse polémique sur le « problŹme de la transformation » (Lipietz 1982) qui débuta dŹs la publication du Livre III du Capital ą partir de 1895, avec le ministre des finances autrichien Böhm–Bawerk et Berstein qui s’est poursuivie ą travers le monde jusqu’ą la fin des années 1970 avec pour enjeu la liquidation de la valeur–travail au profit de sa seule forme monétaire4.

 

Au final, il y a bien plus qu’un simple propos épistémologique dans les deux remarques de Marx dans la mesure oĚ se poser la question de la compatibilité de la théorie de la valeur avec « le mouvement réel et les phénomŹnes empiriques de la production » et de sa pertinence en général comme outil de compréhension du réel, pose tout simplement la question de l’activité théorique elle–mźme, de son objet comme de sa méthode, en tant que mise en forme du réel en question… et donc du choix théorique de ce réel.

 

La transformation des valeurs en prix de production, je l’ai déją dit, n’aboli pas la loi de la valeur, mźme lorsque dans l’économie du capital, l’origine de celle–ci disparaĒt. En théorie on peut dire que la loi de la valeur est le sujet du systŹme des prix de production, et que dans le mouvement réel du capital, c’est–ą–dire dans son économie, c’est la loi de la valeur qui, dans son effectivité, suppose le systŹme des prix de production. Ainsi Lipietz ą raison lorsqu’il dit qu’« il serait plus exact de parler de “transformation de la loi de la valeur par égalisation des taux de profit des capitaux particuliers ” » (Lipietz 1982). Alain Bihr a également raison qui voit dans cette transformation une « appropriation du procŹs de répartition » par le capital, dans la mesure oĚ les marchandises, comme support du capital, ne cherchent pas ą se réaliser pour elles–mźmes (donc en valeur) mais ą assurer ą travers leur réalisation la valorisation du capital. Ce faisant « elles s’affranchissent, en un sens, des contraintes que leur impose la loi de la valeur ; autrement dit, (…) le capital (industriel) transforme, en se l’appropriant, cette loi en tant que loi gouvernant le procŹs de répartition de la valeur, plus exactement de la plus–value. » (Bihr 2001 : 12). Plus loin il écrit : « il s’agit pour le capital de surmonter cette loi en la transformant » (ibid. : 24), ce qui ne signifie pas qu’elle a purement et simplement été « dépassée » par le capital, comme peuvent le penser Camatte et Temps critiques (1999 et 2004), ou alors au sens hégélien, ce qui n’est pas une absurdité, mais ce qui ne signifie en aucune maniŹre son anéantissement. On a vu que pour Caffentzis, du fait de cette « transformation », elle est plus que jamais prégnante dans le monde du capitalisme contemporain.

 

En ce sens donc, il n’est pas absurde ou « hérétique » de penser, comme je l’ai dit plus haut, qu’aujourd’hui c’est la loi de la valeur qui suppose le systŹme des prix de production et non plus le contraire – encore que cette historicisation de la question (aujourd’hui) demeure problématique au sens oĚ elle suppose comme on vient de le voir que la petite production marchande ait un jour existé en tant que société ou tout simplement ait constitué le mode de production dominant d’une société historique donnée (ce que suppose Engels dans sa défense de Marx). Il faut creuser cette question dans la mesure oĚ l’établissement du capital comme société capitaliste, c’est–ą–dire du capital tout court, au sortir de la PremiŹre guerre mondiale, suppose déją l’existence d’un taux de profit moyen. Qu’en est–il alors de la période qui suit la fin de la Seconde guerre mondiale et a fortiori de la crise contemporaine et de la « période actuelle » ? Si il y a des différences, c’est dans les modalités d’égalisation des taux de profit particuliers en un taux de profit général, qu’il faut les chercher…

 

Dans tous les cas, s’agissant des crises du capital, en ce sens, celles–ci, si elles sont bien des crises de pénurie de plus–value (Mattick 1974 : 86) le sont du fait d’une crise dans l’établissement d’un taux de profit général et donc de la transformation des valeurs en prix de production. En rester ą la seule production de plus–value pour comprendre les crises capitalistes revient ą l’hypostase du capital comme procŹs de valorisation  : c’est une chose pour la classe capitaliste de contraindre la classe prolétaire au surtravail, ća en est une autre de capitaliser cette plus–value, c’est–ą–dire de la « réaliser », c’est–ą–dire de l‘investir d’un point de vue capitaliste : Christie’s et les boutiques Louis Vuiton, Lafarge–Coppé et Alsthom, Ed et Notta… ne vendent pas les mźmes marchandises.

 

Et si la lutte de classes est (en derniŹre instance) la forme de mouvement du procŹs contradictoire du capital, les crises du capital, comme crise de la transformation des valeurs en prix de production, sont des crises de la lutte de classes5.

 

La théorie franćaise se contente de tordre le bČton dans le sens contraire des aiguilles critiques de la bourgeoisie et de la social–démocratie d’antan (ou dans celui des altermondialistes analytiques), sur cette question de la « transformation », dans l’hypostase du procŹs de valorisation du capital induite par la théorie du Prolétariat, lorsqu’elle ne voit dans le mouvement réel du capital (son économie) qu’une empirie phénoménale du concept de capital.

 

 

 



a Sur le sens que je donne ą ce terme, voir infra note 4.

b Cf. infra note 3.

c Cf. infra note 4.

d Entrée interdite, sauf pour affaire.

e Les affaires continuent.



 

Notes

 

Tous les thŹmes approchés dans ces notes comme des thŹses seront développés ultérieurement.

 

1 Au paysage théorique que j’ai brossé dans ces notes, il faut ajouter bien sěr l’Internationale Situationniste qui a vu sa dimension internationale s’amoindrir au fur et ą mesure qu’elle s’est détachée de ses origines artistiques – le tournant intervenant ą la conférence de Göteborg en 1961 qui regroupait encore les situationnistes de 9 pays (IS 1962) – pour finir par ne plus źtre qu’un groupuscule franco–franćais (avec un appendice italien) . Son principal mérite ą mes yeux est d’avoir été parmi les premiŹres manifestations du « besoin de théorie » naissant de l’époque tel qu’il s’est exprimé dans la publication de La société du spectacle de Debord (1967) dans toute son ambition, quoi qu’il en soi du jugement que l’on puisse porter aujourd’hui sur ce livre. Un besoin de théorie qui s’est affirmé par ailleurs vis–ą–vis d’Information Correspondance OuvriŹre (ICO) auquel l’IS reprochait d’avoir fait « le choix de l’inexistence » théorique contre « la nécessité de formuler une critique précise de l’actuelle société d’exploitation » (IS 1967 : 63). Et ce n’est pas un hasard si Barrot (Dauvé) reprend cette critique ą son compte dans l’un des premiers textes de la théorie franćaise (Barrot 2003 : 209–210). ň part ća, le triomphalisme révolutionnaire que les situationnistes affichent par rapport ą Mai 68 (IS 1969 : 3 et suiv.) et leur mythification du « mouvement des occupations » (IS 1998) et tout ą fait dans « l’air du temps » de l’exception sociale franćaise que constituent les « évŹnements ».

 

2 Il n’est pas possible de résumer le corpus técéien en quelques lignes – pas plus d’ailleurs que celui d’Invariance ou de Trop loin –, alors que pour des groupes ou revues comme Échanges ou Cette Semaine, par exemple, ou comme le Mouvement communiste, le concept d’« autonomie de la classe » suffit, sinon ą épuiser leur propos, du moins ą le rassembler autour d’un principe unificateur. Dans le cas de Théorie Communiste cela est d’autant plus impossible que, du fait de sa systématicité, mźme ce qui pourrait apparaĒtre comme un tel principe : la « contradiction prolétariat/capital » et plus précisément la « restructuration » de cette contradiction, ne se laisse pas réduire ą son simple énoncé du fait des multiples médiations qu’il suppose et que lui–mźme présuppose simultanément. Pour autant, si l’on veut rendre compte « en un seul coup » du corpus técéien, il n’est pas inutile de parler, entre idéologie et théorie, de sa vision du monde panthéorique, telle qu’elle explose littéralement dans l’introduction  des Fondements critiques d’une théorie de la révolution, aujourd’hui (R. Simon 2001 : 8–9) et telle qu’elle s’est exposée dŹs le début des années quatre–vingt : « Poursuivre le travail de reconnaissance de l’ancien cycle de luttes comme tel, et sa critique de faćon fondamentale, c’était se marginaliser, car c’était accepter de ne se reconnaĒtre dans aucun moment immédiat de la lutte de classes. » (Théorie communiste 1983 : 6). « Notre rapport ą l’immédiateté des manifestations quotidiennes du mouvement social pourrait źtre qualifié de théorique : les moments particuliers de la lutte de classes sont compris comme une totalité au sein de laquelle ils s’impliquent mutuellement (limites d’un cycle ; retournement dans la contre–révolution ; nécessité du dépassement d’un cycle ; amorce d’un nouveau cycle ) et en cela tous sont posés comme nécessaires et moments du processus de la révolution se faisant, y compris le développement du capital (contre–révolution). » (ibid. : 7). Bref, pour conclure momentanément sur ce point, plus généralement, on peut dire qu’au fil du temps le débat sur la capacité révolutionnaire du Prolétariat a figé la production théorique qui s’en est suivi, jusqu’ą l’engager dans une impasse pratique oĚ le discours s’affine au détriment des propositions formelles effectives… Comme le donne actuellement ą voir Meeting, en dépit du renouvellement (relatif) de son « personnel ».

 

3 L’exposé que fait Bihr de la question est tout ą fait pertinent. Toutefois, il demeure prisonnier de la conception classique de la périodisation du capital en subsomption formelle et subsomption réelle telle que l’a établie Marx dans le VIŹme chapitre inédit du Capital (Alors que son exposé du « secret » de l’accumulation primitive qu’il réserve au Capital est historiquement plus probant) . Or celle–ci péche par le statut accordé ą la premiŹre entre moment logique de l’exposé du développement de la production capitaliste et période historique de son mouvement réel. Cette ambiguēté est fondatrice de la théorie franćaise du Prolétariat. On la trouve dans Invariance qui fonde sur elle sa critique du programme prolétarien (Camatte 1972 : 13–14), mais aussi chez Théorie communiste qui conserve cette ambiguēté dans sa critique de l’analyse de Camatte (Théorie Communiste 1979 : III) et, aujourd’hui encore dans le débat avec la revue anglaise Aufheben ą propos de la périodisation du capital (Aufheben et Théorie Communiste 2005) qui tout en apportant des éclaicissements notables sur la subsomption réelle laisse complŹtement de côté l’essentiel, c’est–ą–dire la subsomption formelle. A contrario, comme on a pu le lire l’apport de Caffentzis est important qui, s’il ne rŹgle pas totalement la question, lui donne une dimension nouvelle en élargissant la problématique de la subsomption du capital ą la composition organique des capitaux et ą la transformation des valeurs en prix de production (Caffentzis 2005 : 23 et suiv.). Cette question est essentielle dans la mesure oĚ elle implique directement celle de la nature des classes capitalistes et, au–delą, la théorie de la révolution. Voir ici–dessous note 4.

 

4 Seule la transformation des valeurs en prix de production est constitutive des classes du capital que sont la classe prolétaire et la classe capitaliste : on ne peut pas déduire les classes capitalistes de la seule analyse en valeur du capital. Ainsi ce que la théorie franćaise nomme « le Prolétariat » n’est pas une classe capitaliste ou, dit autrement, du capital comme société – il en va de mźme pour Marx, sauf que pour lui c’est ce qu’il avait sous les yeux. Ce terme ne recouvre que la sommation d’un « état » singulier (la liberté et l’absence de réserve) : le prolétariat c’est la masse des travailleurs qui n’est une « classe » qu’au travers de son organisation («  L’organisation des éléments révolutionnaire comme classe » (Marx 1965 : 135. Je souligne) dans la crise de l’ancienne société. C’est sur cette base qu’il peut opposer son alternative ą la société d’Ancien Régime contre les partisans du marché libre (Leclerq 1998) – qui ne sont pas des « bourgeois », historiquement jusqu’ą la fin du XIXŹme siŹcle et, théoriquement, qu’aujourd’hui peut źtre posée la question de son « autonomie », mais aussi celle de savoir « comment une classe agissant strictement en tant que classe peut–elle abolir les classes ? » (Théorie communiste 2004 : 8). La réponse est que « strictement » la classe prolétaire ne peut pas abolir les classes et que, si le Prolétariat peut tenter de le faire c’est parce qu’il n’est pas « strictement » une classe capitaliste (d’oĚ l’humanisme universaliste de Marx dans la Contribution ą la critique de la philosophie du droit de Hegel [Marx 1970 : 62–63]). Ainsi, Invariance et Trop Loin sont plus conséquents que Théorie Communiste du point de vue de la théorie du Prolétariat lorsqu’il font de celui–ci un « en dehors » de la société capitaliste.Voir supra p. 1. En ce sens les gauches communistes sont le produit de la disparition du Prolétariat dans son érection en classe capitaliste, au grand dam de Rühle et de Bordiga qui n’ont pas de mots assez durs pour fustiger cette intégration de la vie quotidienne des prolétaires dans la société civile capitaliste.

 

5 Marx donne lui–mźme le bČton pour se faire battre lorsqu’il dit que son affirmation selon laquelle la somme des prix de productions de toutes les marchandises produites dans toute la société est égale ą la somme de leur valeur (sinon il y aurait déconnexion entre le systŹme de la valeur et le systŹme des prix de production et non transformation de l’un en l’autre) « semble contredite par le fait que dans la production capitaliste, les éléments du capital productif sont, en rŹgle générale, achetés sur le marché, que leur prix contiennent donc un profit déją réalisé et que, par conséquent, le prix de production de telle branche d’industrie – y compris le profit qu’il contient – entre dans le coět de production d’une autre branche » (1968a : 952). Ce qui revint ą reconnaĒtre que les marchandises qui entrent dans les coěts de production d’un capital particulier ne sont pas achetées ą leur valeur mais bien ą leur prix de production, or, dans sa démonstration de la conversion des valeurs en prix de production Marx suppose le contraire et c’est ą partir de lą que commence la polémique. Marx s’en sort en passant au niveau du capital total et il continue…

 

6 Ce n’est pas la lutte de classe qui « fait » la crise (puisqu’elle est ce en quoi les contradictions du capital comme valeur en procŹs se réalisent et se résolvent ą la fois et qui rend effective sa reproduction) mais la lutte de classe elle–mźme qui est en crise (et non qui est crise) et, ą travers elle, la reproduction des deux classes du capital comme société que sont la classe prolétaire et la classe capitaliste. S’il y a un « écart » ą ce moment lą, il est le fait du capital – un écart dans la reproduction des classes – et non le fait de la classe prolétaire sub specie « Prolétariat ». Si cela « annonce » quelque chose, c’est l’impossibilité de la société capitaliste, et non sa « communisation. » En ce sens l’altermondialisme existe sur la base des dérŹglements du mode de production capitaliste et donc sur la question de sa possibilité/impossibilité, en ce sens qu’il témoigne des dérŹglements des mécanismes d’égalisation des taux de profit particuliers, de la crise de la valeur comme crise de la transformation des valeurs en prix de production (et non de la crise de la valeur elle–mźme), et finalement de la crise de la reproduction des classes capitalistes, donc de la crise de la lutte de classes. C’est pour cela que l’altermondialisme est un mouvement social et non une lutte de classes. Ce que théorisent Hardt et Negri dans Empire au travers de leur conception de la valeur.

 

 

 

 

Bibliographie

 

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