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Lettre ouverte ˆ ThŽorie communiste

 

 

Sur votre pratique thŽorique en gŽnŽral et en particulier dans le cas de Meeting

 

C. Charrier

Marseille, octobre 2005

 

Ç Il faut considŽrer pratiquement la thŽorie.È

ThŽorie Communiste[1]

 

PrŽambule

 

Je partage Žvidemment lÕanalyse que vous faites dans votre Pour Meeting de dŽbut octobre de lÕÇ affaire parisienne È du mois dÕaožt, ainsi que les prolongements que vous lui donnez ˆ propos de la crise latente que subit Meeting. Pour autant, et ceci m�me si je nÕai rien contre les propositions, en ellesÐm�mes, que vous faites pour sortir de cette crise (dans la mesure o� elles reviennent au final ˆ ce quÕŽtait censŽ �tre Meeting), votre plaidoyer pro Meeting nÕentame pas ma dŽcision de quitter le navire. La question ˆ mes yeux centrale : la confusion des genres sur la nature du collectif et en consŽquence sur ce quÕest la revue (cÕest dŽjˆ la question qui a coulŽ le premier projet de revue envisagŽ par Senonvero Ð jÕy reviens) nÕy est pas abordŽe sinon sous la forme de la dŽnonciation de Meeting comme organe du courant communisateur, une dŽnonciation que je partage, mais qui ne dit rien sur ce que Meeting pourrait �tre dÕautre, dans la mesure o� vos propositions nÕengagent ˆ rien de ce point de vue.

Ce que vous dites dans Pour Meeting confirme exactement ce que jÕŽcrivais dans mon CommunisationÉ point dÕorgue en avril dernier, et le rend plus que jamais actuel, sauf que vous �tes les seuls ˆ vous en �tre rendu compte. Cependant personne ne semble savoir ce quÕest un Ç point dÕorgue È : cÕest un temps dÕarr�t qui suspend la mesure sur une note dont la durŽe peut �tre prolongŽe ˆ volontŽÉ La mesure cÕest bien sžr la communisation, la note cÕest ce que nous savons dÕelle, le temps dÕarr�t et certes ad libitum mais il vise ˆ ne pas faire de la communisation une Ç vente promotionnelle È comme je dis, ou un Ç label È comme vous lÕŽcrivez. Pourtant les choses sont allŽes fortissimoÉ comme par un effet dÕaspiration, ˆ commencer chez vousÐm�mes dans la mesure o� vous signez pas moins de 4 articles sur 10 dans le premier numŽro et 6 sur 13 dans le secondÉ Donc soit nous nÕavons pas le m�me sentiment de la durŽe, soit nous ne parlons pas de la m�me chose.

Au final je ne crois pas que votre Pour Meeting permette de dŽpasser les rŽserves que jÕai pu Žmettre dans mon point dÕorgue. PeutÐ�tre cela ŽquivautÐil ˆ Ç replier les voiles au premier grain È, comme vous dites. En ce qui vous concerne vous Žcrivez : Ç ÒOn verraÓ. ƒvidemment Òon verraÓ ! Mais il est possible de tenter de produire ce que lÕon veut voir et ne pas ramasser ses billes au nom de sa belle ‰me. È (¤ 18). Parfaitement dÕaccord, Žvidemment on verraÉ sauf que cela suppose que lÕon soit dÕaccord sur ce que lÕon Ç veut voir È, premi�rement. Deuxi�mement, cela suppose que Meeting soit, malgrŽ tout, le cadre adŽquat de cet accord et, auÐdelˆ quÕun accord soit nŽcessaireÉ Autant de suppositions que je nÕai pas besoin de faire miennes dans mon activitŽ thŽorique. Pour le dire cržment : je nÕai pas besoin de Meeting pour publier ma thŽorie dans la mesure o�, comme vous dites, la MatŽrielle, a une Ç existence autre È (¤ 7). Objectivement cÕest Žgalement votre cas, mais jusquÕˆ quel point ? Et pourquoi vous acharnez vous ˆ dŽfendre ainsi lÕexistence de Meeting ? CÕest ce que jÕessaye de comprendre dans les lignes qui suivent. Un essai qui, quoi quÕil en soit de sa pertinence, me semble utile ˆ lÔavenir de la thŽorie de la rŽvolution qui, pour ma part, me para”t plus relever dÕune multiplication de foyers thŽoriques indŽpendants Ð dont Meeting pourrait tout aussi bien rendre compte Ð, comme des Ç concentrations È thŽoriques qui nÕinterdisent pas les scissions ultŽrieures, etc., plut™t que dÕune Ç centralisation È qui nÕaugmenterait pas en elleÐm�me la production thŽorique totale, ce vers quoi vous me paraissez tendre. En tout cas un essai de comprŽhension de lÕactuel, et en lÕoccurrence de votre actuel, plus utile quÕun essai dŽsespŽrŽ pour tenter de sauver ce qui peut lÕ�tre encore.

LÕobjet de ma Lettre est donc votre pratique thŽorique, ce Ç vocable pompeux È (Denis, Christian exag�re, ¤ 5) qui, quoi quÕil en soit de sa pompe, est difficile ˆ aborder dÕun point de vue thŽorique forcŽment abstrait (dÕautant plus que nous nÕen avons pas lÕhabitude) Ð mais peutÐ�tre estÐce pour cela, pour ne pas y �tre confrontŽ, quÕon le qualifie ainsi.

Pour conclure ce rapide prŽambule, il faut parler de Senonevero. Comme pour Meeting, le collectif, dans sa premi�re forme, a fini par rencontrer ses limites et lÕon a souvent parlŽ de Ç crise È, laquelle sÕest dans la plupart des cas exprimŽe ˆ travers le clivage qui existait entre ceux qui Žcrivaient les livres et ceux qui les fabriquaient Ð lequel se manifestait dÕautant plus violemment que nous ne publions alors que des textes issus du sŽrail. Cependant cette crise latente avait un sens plus profond que celui fonctionnel ˆ travers lequel elle se donnait ˆ voir dans la mesure o� elle portait (dŽjˆ) sur la t‰che du collectif entre Ždition ou production thŽorique. Une difficultŽ que nous nÕavons pas su rŽsoudre. Passons sur le dŽroulŽ de lÕŽchec du premier projet de revue pour nÕen conserver ici que lÕobjet de la polŽmique quÕil a occasionnŽ. Les choses se sont focalisŽes sur le fait de savoir si la revue devait �tre prise en charge par un comitŽ de rŽdaction ou par une assemblŽe rŽdactionnelle. Au final cÕest cette derni�re option qui lÕemporta. On a pu dire ˆ lÕŽpoque quÕil sÕagissait lˆ dÕune fausse question qui laissait dans lÕombre le contenu de la revue : je ne lÕai jamais cru et je le crois moins encore aujourdÕhui au vu de ce qui se passe dans Meeting avec une assemblŽe rŽdactionnelle qui fonctionne comme un mauvais comitŽ de rŽdaction qui fonctionne comme une mauvaise assemblŽe. Et pour avoir la ch�vre et le chou, on se retrouve ni avec lÕune ni avec lÕautre. Les questions dÕorganisation ou de forme ne sont jamais neutres tant il est vrai que ce ne sont jamais que celles de la Ç forme de mouvement È dans laquelle les contradictions du contenu peuvent ou ne peuvent pas se mouvoir. Elles sont donc toujours prŽsupposŽes par autre chose quÕellesÐm�mes, ˆ commencer par la conception que lÕon a de lÔactivitŽ thŽorique et de la pratique que suppose cette conception.

Apr�s ce premier Žchec, donc, parmi divers avatars des contradictions de Senonevero (crise des Ç italiens È avec Mouvement communiste, dŽpart de Lola, Ç affaire DB È et dŽpart consŽcutif de Denis) il y a eu Meeting. AujourdÕhui la donne para”t avoir changŽ pour le collectif Senonevero qui peut se concentrer sans Žtats dÕ‰me sur son travail dÕŽditionÉ Or je constate que ses anciens dŽmons (Žditer de la thŽorie ou en faire ; collectif dÕŽdition ou groupe thŽorique) on ŽtŽ exportŽ dans Meeting Ð avec toutefois des formes spŽcifiques comme vous lÕexposez dans votre texte. Vous comprendrez donc mon insistance ˆ ne pas Ç laisser g‰cher È, comme vous dites, Senonevero par Meeting et ses difficultŽs, en retour ; Senonevero qui demeure pour moi une Ç excellente initiative È qui en lÕŽtat actuel des choses me para”t correspondre ˆ ce que peut �tre une pratique thŽorique adŽquate ˆ lÕŽpoque. Vous comprendrez Žgalement quÕil ne me paraisse pas opportun de discuter des contradictions de Meeting dans un cadre qui ne vit que de ces contradictionsÉ m�me si cÕest dans le but Ç de transformer Meeting en ce quÕil aurait dž toujours �tre È (¤ 12) Ð un Ç retour vers le futur È qui ne laisse pas dÕŽtonner sous votre plume habituellement peu encline ˆ considŽrer quÕil existe des erreurs Ç de circonstances È susceptibles dÕ�tre corrigŽesÉ De toutes fa�ons, je crains fort que votre programme de retour ˆ lÕoriginal soit inapplicable ; non parce quÕil est mauvais ou incomplet : on pourrait lÕenrichir de nouvelles mesures que cela ne changerait pas grand chose sur le fond. Il est inapplicable parce que vous ne trouverez personne pour lÕappliquer. Et vous ne trouverez personne pour lÕappliquer parce quÕil suppose une Ç volontŽ thŽorique È que vous seuls possŽdez dans votre Ç thŽorie de lÕŽcart È qui fonde votre critique de lÕautoÐorganisation comme autonomie, laquelle sousÐtend la plupart de vos propositions de rŽforme. Dans ces conditions, sauf ˆ renouveler radicalement le Ç personnel È de Meeting, vous �tes seuls ˆ �tes en mesure de mettre ce programme en ÏuvreÉ mais alors Meeting ne serait plus Meeting et vous pourriez tout aussi bien publier une version plus Ç courante È de ThŽorie communiste. Je peux me tromper. De toutes fa�on, tout en proposant de revenir ˆ lÕoriginal, il faudrait se demander pourquoi on ne sÕy est pas tenuÉ

 

*

Premi�re partie : Meeting et vous

 

1. La question principale est la suivante : Quelle pratique thŽorique rŽclame le cours actuel de la production capitaliste et de la sociŽtŽ quÕelle constitue comme lutte de classes ?

La question subsidiaire est : le collectif dÕŽdition de la revue Meeting, peutÐil �tre le lieu de cette pratique thŽorique, et dans quelle mesure ?

 

2. Sur cette derni�re question votre rŽponse ne laisse aucun doute : Meeting demeure pour vous une Ç excellente initiative È qui correspond en outre ˆ un Ç besoin thŽorique actuel È (¤1), Meeting Ç a de lÕavenir È, le projet Ç intŽresse beaucoup de monde È et vous ne le laisserez pas Ç g‰cher È (¤10). Pourtant, ˆ vous lire, il appara”t que Meeting vous pose des probl�mes Ð des probl�mes de Ç communication È, comme on dirait aujourdÕhui : cÕest Roland qui, ˆ Poznan, sÕest retrouvŽ dans la situation dŽsagrŽable de devoir Žluder les questions sur son fonctionnement et dÕŽviter la moindre proposition de participation (¤2) ; plus gŽnŽralement vous vous demandez comment proposer ˆ des gens Ç simples È et Ç sŽrieux È un quelconque Žchange de participation dans un tel cadre (¤2) et, pour finir, vous tŽmoignez quÕil vous est de plus en plus Ç insupportable È de vous dŽfiler quand des personnes susceptibles dÕy participer vous parlent de Meeting (¤22).

Si tel est effectivement le cas, je comprends que cette situation ne soit pas tenable ˆ terme, et si jÕŽtais ˆ votre place je rŽagirai exactement comme vous : comment concilier une chose que lÕon juge excellente, tout ˆ fait adaptŽe ˆ des besoins et dont, simultanŽment, on ne peut pas parler ? La diffŽrence entre vous et moi, cÕest que, prŽcisŽment, je ne suis pas ˆ votre place. CÕest pour cette raison que dans les lignes qui suivent je ne vais pas me livrer ˆ une critique de votre position mais que je vais essayer au contraire de la comprendre dans la cohŽrence de sa logique. Ce qui appelle une troisi�me question : quÕestÐce qui vous met ainsi dans lÕembarras ? EstÐce vraiment lÕÇ Žtat actuel È de Meeting, comme vous le dites, ou votre propre rapport ˆ la chose ?

ƒvidemment, cette fa�on de poser la question induit tout de suite ma rŽponse. En effet, sÕil sÕagissait simplement de rŽpondre ˆ des questions touchant le fonctionnement de la revue, comme vous le mettez en avant, je ne vois pas o� est le probl�me dans la mesure o� celuiÐci est džment exposŽ  en quatri�me de couverture, encadrŽ par lÕInvite et quÕil prend forme dans lÕassemblŽe rŽdactionnelleÉ Cela suffit, me sembleÐtÐil, ˆ qui veut participer ˆ Meeting ; en outre il y a le site entre temps. Certains, ˆ commencer par Calvaire, nÕont pas eu besoin de plus dÕinformations pour entrer dans ce fonctionnement, mais aussi Maxime et Le Niveleur du Cercle de discussion de Paris, Patlotch et Simpson. Et il y a aussi le forum de discussion qui parle de luiÐm�me.

 

3. Pour revenir ˆ lÕinsatisfaction que vous Žprouvez ˆ lÕŽgard de Meeting, en le disant sans fard, ˆ votre image, et en espŽrant comme vous que mes propos ne seront pas pris de travers, il me semble que le probl�me que vous avez avec Meeting ne tient pas tant ˆ la chose elleÐm�me quÕˆ la vision que vous en avez, donc ˆ vousÐm�me. Je mÕexplique.

 

Dans mon cas, lÕinsatisfaction que jÕai ŽprouvŽe par rapport ˆ Meeting, tient au fait que la revue ne remplit pas le r™le qui devrait �tre le sien ˆ mes yeux qui est de rendre compte de lÕactivitŽ thŽorique actuelle (quÕelle parle explicitement ou non de Ç communisation È et m�me si elle sÕen Žloigne) et autant que possible, compte tenu de nos capacitŽs de traduction, dÕen rendre compte dÕun point de vue international, non par gožt des voyages ou pour promouvoir une Ç thŽorie internationale È, comme je lÕai expliquŽ dans la prŽsentation du texte de Caffentzis (Incommensurable valeur ?, dans la PB de la MatŽrielle), mais pour sortir de la problŽmatique de la Ç thŽorie fran�aise È (de lÕidŽologie fran�aise ?) telle quÕelle existe depuis 1968. Au contraire, tout un chacun sÕest mis ˆ Žcrire POUR Meeting Ð ce qui nÕest pas pareil que pro Meeting dans la mesure o� cela revient ˆ un pro domo Ð au dŽtriment du travail purement Žditorial de Ç veille thŽorique È. Pour ma part je nÕai Žcrit quÕun seul article spŽcifique, et encore jÕai attendu le numŽro 2 pour le faire. Mon insatisfaction ˆ lÕŽgard de Meeting, ne tient pas au fait que lÕon ait pas endossŽ la problŽmatique de la MatŽrielle telle que je la prŽsente dans le texte en question : celuiÐci prŽsente cette problŽmatique et les axes de recherche quÕelle suppose, mais cela ne signifie aucunement que cÕest dans Meeting que jÕaurais poursuivi et dŽvelopper cette problŽmatique. Ë la limite, ce nÕest pas ˆ moi de choisir les textes de la MatŽrielle susceptibles dÕ�tre publiŽs dans la revue et donc dÕen Žvaluer la pertinence gŽnŽrale ; ce qui est une autre mani�re, corollaire, de dire quÕˆ mes yeux on nÕŽcrit pas pour Meeting, en tout cas pas systŽmatiquement. A contrario, cÕest moi qui dŽcide de publier dans ma Ç Petite Biblioth�que È lÕextrait de votre dŽbat avec Aufheben sur la pŽriodisation du mode de production capitaliste, cela du point de vue de ma problŽmatique, bien sžr, mais aussi parce que je consid�re que ce texte a un intŽr�t intrins�que pour la thŽorie en gŽnŽral. Il en va de m�me lorsque je dŽcide de traduire la rŽponse dÕAufheben (cÕest en cours) au texte de Goldner sur la classe ouvri�re amŽricaine, par exemple.

Il y a cependant un Žnorme prŽsupposŽ ˆ tout cela : cÕest que je consid�re que ces travaux de traduction ou de rŽŽdition sont aussi importants que ma propre production thŽorique, aussi utiles du point de vue de la thŽorie en gŽnŽral Ð ce qui est une rŽponse ˆ la question que je pose en ouverture de cette Lettre sur la nature dÕune pratique thŽorique adŽquat ˆ lÕŽpoque actuelle. Or il ne me para”t pas que telle soit votre fa�on des percevoir la chose, sans pour autant que ce soit un choix dŽlibŽrŽ de votre part. Et cÕest lˆ le plus important.

 

4. Si je dis en effet que lÕessentiel de votre insatisfaction ˆ lÕŽgard de Meeting tient ˆ vousÐm�mes et non ˆ la rŽalitŽ actuelle de Meeting Ð m�me si cÕest ˆ lÕusage de la chose que cette insatisfaction a pris corps Ð, cÕest parce quÕil tient ˆ la vision que vous vous en faite ˆ partir du moment o� vous ne pouvez faire autrement que considŽrer votre thŽorie de la rŽvolution comme LA thŽorie naturelle de lÕŽpoque, ou mieux : comme la thŽorie naturelle Ë lÕŽpoque Ð dans la mesure o� la premi�re formule suppose encore une distance entre les deux qui nÕexiste pas chez vous Ð, ce qui nÕa rien ˆ voir avec le sentiment lŽgitime de nÕimporte quel thŽoricien un peu sŽrieux dÕavoir raison, pas plus que cela ne supprime les doutes que chacun peut avoir sur son propre travail, et ce qui nÕest pas non plus la marque dÕun ego dŽmesurŽ ou dÕune ambition dŽvorante. JÕai bien dit : vous ne pouvez pas faire autrement, objectivement vous �tes contraint de considŽrer ainsi votre thŽorie.

 

Ë ce propos jÕesp�re que vous ne prenez pas au sŽrieux la PhŽnomŽnologie de ThŽorie Communiste ˆ laquelle Fran�ois rŽduit sa prŽsentation des textes de Rupture dans la thŽorie de la rŽvolution (autant dommageable pour le collectif Senonevero en ce quÕil lÕembarque dans la lettre de son propos, que Ð ˆ mon avis Ð, pour vous) lorsquÕil Žcrit : Ç il sÕagit aussi et surtout de montrer [au travers de lÕanthologie. N.d.A.] en quoi la critique de ces analyses fonde la thŽorie de la nouvelle Žpoque, ouverte aux alentours de 1975 par la restructuration qui sÕach�ve aux alentours de 1995 È (p. 7 ; je souligne) et quÕil fait de chacun des textes prŽsentŽs autant de moments de lÕadvenir de ThŽorie communiste.

 

5. Pour le dire sans circonvolutions, je pense que le probl�me que vous avez ˆ lÕŽgard de Meeting, nÕest pas tant dÕexposer son fonctionnement, ou plus gŽnŽralement ce quÕest Meeting,  que de parler de ThŽorie Communiste dans le cadre de Meeting, ou de situer ThŽorie Communiste par rapport ˆ Meeting et vice versaÉ si tant est que cÕest une chose de dire que Ç Meeting a de lÕavenir È (si vous le ditesÉ) et que Ç le projet qui le sousÐtend intŽresse beaucoup de monde È (je nÕai pas de raisons de penser que vous mentezÉ si cÕest vous qui le dites) et que �a en est une autre de dire que ThŽorie Communiste a de lÕavenir et que sa problŽmatique intŽresse beaucoup de monde, ce dont je ne doute pas une seconde. Pourtant il me para”t Žvident que cÕest cela que vous dites et que simultanŽment vous ne pouvez pas dire, sauf ˆ identifier Meeting et ThŽorie Communiste, ce que je ne vous suspecte pas de vouloir faire car, ne seraitÐce que de votre point de vue, vous ne pouvez pas le faire dans la mesure o� dans ce cas Meeting nÕaurait plus aucun intŽr�t pour vous. Mais, dans le m�me temps, vous ne pouvez pas plus subordonner ThŽorie Communiste ˆ MeetingÉ Voilˆ la contradiction (apparente) dans laquelle vous vous dŽbattez. Je dis apparente parce que je voudrais montrer ici quÕau contraire cela est le signe de la cohŽrence de votre pratique thŽorique ; ce qui ne supprime pas pour autant les difficultŽs de mise en Ïuvre de celleÐci.

Que je sache, Roland nÕest pas allŽ ˆ Poznan en tant quÕenvoyŽ de Meeting ! Il nÕy est pas allŽ sur la base de la critique de lÕAppel rŽdigŽ par Denis, ni sur celle de lÕarticle de Joachim, mais sur vos propres positions Ð ce qui est normal, lˆ nÕest pas la question. La question cÕest que vous ne savez pas comment coiffer votre double casquette.

Il nÕen va pas de m�me lorsque vous faites des propositions pour sortir Meeting de sa crise latente : cÕest ˆ partir de votre propre problŽmatique, m�me si cÕest de fa�on plus discr�te (vous ne parlez pas de votre Ç thŽorie de lÕŽcart È et vous vous contentez dÕŽvoquer la crise du discours sur lÕÇ autonomie È). Je vous entends dŽjˆ : sur quelles bases autres que les n™tres voudraisÐtu que nous fassions des propositions ? Bien sžrÉ de votre point de vue il ne peux pas y avoir dÕautre solution. Il nÕemp�che que cÕest lˆ la mesure de votre insatisfaction par rapport ˆ Meeting. LÕessentiel de vos difficultŽs et ce qui vous Ç insupporte È, ce nÕest pas comme vous le dites Ç dÕavoir ˆ [vous] dŽfiler quand [vous] parlez de Meeting et dÕŽluder les questions quand des personnes [vous] en parlent È, je pense que cÕest surtout de ne pas savoir comment Ç faire È votre thŽorie dans Meeting Ñ et au sein du collectif plus que dans le revue Ð et donc de ne pas savoir comment en parler (et ce nÕest donc un probl�me de Ç communication È que dans la forme), alors que simultanŽment, parce que vous ne pouvez considŽrer votre thŽorie autrement que comme naturelle ˆ lÕŽpoque vous ne pouvez pas ne pas la faire aussi dans Meeting Ð alors que je consid�re pour ma part, comme je viens de le dire, que Meeting nÕest pas lˆ pour que lÕon vienne y faire sa thŽorie sauf ˆ ne pas se donner Ç une existence autre È, ce que vous dŽnoncez par ailleurs ˆ juste titre comme la cause de quelques uns des maux qui frappent le collectif (¤ 7).

 

Comprenez moi bien : je ne suis pas en train de vous faire un proc�s dÕintention, ou de dire que vous �tes des menteurs ou des hypocrites en ne disant pas ce que vous pensez vraiment, et encore moins de critiquer votre position : je cherche au contraire ˆ comprendre le sens de cette position auÐdelˆ de son ŽnoncŽ immŽdiat, dans sa cohŽrence interne comme cohŽrence de votre pratique thŽorique Ð sinon je pourrais tout aussi bien faire des difficultŽs que vous exposez des contradictions et les dŽnoncer comme telles, mais ˆ quoi �a servirait ? En revanche, la mani�re dont jÕop�re en lisant votre texte, comme une critique interne (un peu Ç symptomale È, je vous lÕaccorde !), me para”t plus utile, positivement ; en tout cas elle lÕest pour moi et peutÐ�tre le seraÐtÐelle pour dÕautres. Et que lÕon ne vienne pas me dire que je veux ainsi me Ç donner lÕimage du thŽoricien docte et auÐdessus de la m�lŽe È (Denis, Christian exag�re, ¤ 8) : si on avait pris la peine de prendre un peu de hauteur dans nos discussions passŽes pour essayer de comprendre le Ç qui du quoi È au lieu de nous rŽfugier dans le nonÐdit de Ç compromis historiques È aussi boiteux quÕinutiles (et jÕy ai participŽ activement, mea culpa, mea maxima culpa) et, pour tout dire, politiques, cÕestЈÐdire afin de prŽserver lÕÇ intŽr�t supŽrieur È de Meeting, nous nÕen serions pas lˆ.

 

6. Lorsque je dis que vous ne pouvez faire autrement que considŽrer votre thŽorie comme la thŽorie naturelle ˆ lÕŽpoque, �a veux dire que je ne parle pas dÕun choix que vous pourriez faire ou ne pas faire, ou dÕune politique, je parle dÕun fait dÕexistence du corpus tŽcŽien et non dÕun fait idŽel comme Fran�ois dans sa phŽnomŽnologie de ThŽorie communiste. Je parle donc dÕune Existence comme une qualitŽ inhŽrente ˆ votre syst�me thŽorique (et de cette systŽmaticitŽ comme attribut), une qualitŽ que ne poss�de nul autre corpus actuel (sauf peutÐ�tre Invariance, et lÕInternationale Situationniste, mais sur la base dÕune autre construction) et qui ne se mesure pas en nombre de numŽros publiŽs ou en Ç anciennetŽ È Ð aux Ç quartiers de noblesse thŽorique È comme vous dites (¤ 17). Cette Existence transcende ou Ç transvalue È tous les moments logiques de votre corpus et renvoie ˆ ce que jÕappelle votre vision panthŽorique du monde (la MatŽrielle n. 15, note 2). LÕExistence dont je parle nÕest pas une existence mystique : ThŽorie communiste nÕest pas la thŽorie incarnŽe, mais lÕeffectivitŽ de la thŽorie telle que vous la concevez et la pratiquez comme faisant Ç partie intŽgrante et nŽcessaire de ce cycle de lutte È, ce que rŽsume parfaitement votre formule selon laquelle les luttes sont thŽoriciennes, et la distinction que vous Žtablissez (non sans subordonner le premier terme au second) entre la thŽorie Ç au sens restreint È, comme activitŽ dÕabstraction, et la thŽorie comme dŽtermination du prolŽtariat dans son existence contradictoire au capital.

Cette Existence est ˆ la fois votre force et votre faiblesse dans la mesure o� elle sÕimpose ˆ vous tout autant quÕaux autres. Dans ce dernier cas elle produit la difficultŽ ˆ se confronter directement avec vous et parfois votre rejet, non pas forcŽment ˆ cause de ce que vous dites mais de ce quÕEst votre thŽorie et de la mani�re dont ce quÕelle Est vous le fait dire, de ce que vous reprŽsentez, ce qui ne manque pas de desservir votre propos. Dans le premier cas elle peut vous amener sur des terrains glissants, au risque de vous faire Ç embarquer È (au sens marseillais !) comme cela a ŽtŽ le cas avec le dŽmocratisme radical, comme vous lÕavez vousÐm�me finalement reconnu : Ç Dans TC 13, lÕaffirmation de nos positions a rev�tu la forme inadŽquate dÕun Žchange direct engagŽ avec Ë contre courant en gŽnŽral et A. Bihr en particulier. LÕŽchange direct a parasitŽ le contenu essentiel de ce que nous avons ditÉ È (ƒditorial du n. 14, dŽcembre 1997, p. 7). Soit on refuse de vous comprendre, soit vous passez ˆ c™tŽ de ce que vous aviez ˆ dire, dans les deux cas vous nÕ�tes pas compris : Ç les positions que nous dŽfendons ont une grande difficultŽ ˆ �tre reconnues pour ce quÕelles sontÉ È (n. 17, septembre 2001, p. 16) ; Ç On voit la difficultŽ quÕil y a ˆ exposer nos analyses que nous situons auÐdelˆ du programmeÉ È (ibid. p. 17) ; Ç On reproche sans cesse aux Ògens de TCÓ dÕ�tre mŽcanistes, de poser la rŽvolution comme inŽluctable, �a nous agace car manifestement la critique dÕobjectivisme passe compl�tement ˆ c™tŽ de ce que nous disons. È (ibid., p. 120).

Vous avez parfaitement raison, sauf que ce nÕest pas un probl�me lexical ou de lecture, ni m�me une question de contenu ; plus gŽnŽralement ce nÕest pas un probl�me de Ç comprŽhension È mais de Ç partage È. Quoi quÕil en soit, il nÕemp�che quÕavec ce numŽro 13 (fŽvrier 1997), lÕExistence du corpus tŽcŽien sort du Ç sommeil thŽorique È qui a ŽtŽ le sien ˆ partir de la seconde moitiŽ des annŽes quatre-vingt (prŽcisŽment apr�s la Ç Synth�se È du numŽro 6 de mai 1985), pour se rŽveiller, en gros, apr�s 1995.

 

7. De ce point de vue, ce nÕest pas un hasard si cÕest dans ce m�me numŽro 14 (celui dans lequel vous critiquez le fait de votre polŽmique directe avec Bihr) que vous affirmez quÕÇ il faut considŽrer pratiquement la thŽorie È (p. 9 ; je souligne). Vous ne dŽveloppez pas ce th�me pour luiÐm�me thŽoriquement, vous faites mieux : vous dites comment cÕest quand on consid�re pratiquement la thŽorie en mettant directement cette affirmation avec votre Ç propre espace dÕexistence publique, lˆ o� nous pouvons �tre ŽcoutŽ et o� nous cherchons ˆ lÕ�tre È (p. 8 ; je souligne) Ð ici vous dŽfinissez cet espace comme Žtant la marge du dŽmocratisme radical dans son instabilitŽ. Ce qui suit nÕest pas moins intŽressant. Vous dites en effet que sÕil arrive que vous soyez ŽcoutŽs, voire m�me dans le cas o� vos Ç critiques, [vos] positions [peuvent] �tre activement comprises, intŽgrŽes È Ç cela nÕest pas indiffŽrent ˆ sa [votre thŽorie] propre Žlaboration È (p. 9, je souligne), et surtout vous concluez en disant que dans le cas o� cela advient Ç ce ne sont pas lˆ des Òvictoires de notre thŽorieÓ, mais simplement le cours de son existence m�me È (Ibid. ; je souligne).

 

8. Tous les ŽlŽments que vous mettez en place dans ces quelques lignes dŽcisives ˆ la comprŽhension de votre pratique thŽorique comme cours de lÕExistence concr�te du corpus tŽcŽien, sont dŽfinitoires de celleÐci. Il faut bien voir, sinon on ne comprend rien ˆ votre pratique thŽorique et on se mŽprend sur ses finalitŽs Ð et a fortiori sur le sens de votre plaidoyer pro Meeting qui se trouve alors rŽduit ˆ une collection de recettes disparates, lorsquÕelles nÕapparaissent pas contradictoires entre elles Ð, il faut bien voir que cet espace lÕExistence de votre thŽorie le poss�de de fait comme son espace naturel, au sens o� jÕai dit plus haut que vous considŽrez celleÐci comme naturelle ˆ lÕŽpoque, sans quoi cette existence serait un simple mysticisme. Comme espace naturel, ce nÕest pas quelque chose qui prŽÐexiste et que vous chercheriez ˆ conquŽrir ou ˆ suborner, comme des envahisseurs ou des manipulateurs, ou plus trivialement comme des fouteurs de merde chez vos concurrents. Ce nÕest pas pour autant un no manÕs land : vos critiques, vos positions doivent pouvoir y �tre activement comprises et intŽgrŽes, comprŽhension active et intŽgration qui ne sont pas de lÕordre de lÕadhŽsion ˆ une doctrine elleÐm�me prŽÐexistante puisquÕelles participent de lÕŽlaboration de votre propre thŽorieÉ Bref, il nÕy a pas dÕun c™tŽ un espace ˆ occuper et de lÕautre une Existence mŽtaphysique ou mystique toute pr�te ˆ le faire. Ensuite, que cet espace puisse �tre Ç public È nÕest que circonstanciel (je reviens apr�s sur ce qui le constitue).

 

9. Mais ce qui est ˆ mon sens le plus significatif est indubitablement le fait que ce qui reproduit cette Existence, cÕestЈÐdire le fait que vous puissiez �tre activement compris, ne soit pas per�u comme une Ç victoire È de votre thŽorie. Au premier abord cela peut para”tre surprenant. En fait cÕest parfaitement logique dans la mesure o� sÕil sÕag”t simplement dÕune victoire cela voudrait simplement dire que vous avez raison contre vos contradicteurs, ce qui maintiendrait un rapport dÕextŽrioritŽ entre vous et ferait de votre thŽorie une thŽorie singuli�re ˆ lÕŽgal des autres, alors que cÕest un rapport dÕExistence, lÕexistence m�me de votre thŽorie comme pratique qui ne peut conna”tre la victoire (comme dÕailleurs la dŽfaite) sans se nier comme telle.

 

Ceci explique le caract�re ravageur des critiques que vous exercez qui ne laissent rien dŽbout apr�s votre passage. Cela est vrai de la critique que vous avez pu faire de la MatŽrielle, comme de celle de Trop loin dans votre numŽro 19, par exemple. Vous allez me dire que ce nÕest pas le cas de votre rŽponse aux critiques qui vous sont adressŽes par Aufheben. CÕest exact, toutefois la prise en compte de cellesÐci ne vous emp�che pas de botter en touche ˆ la fin du match (comme je le fait remarquer dans lÕintroduction ˆ la rŽŽdition de la partie de votre Žchange qui concerne la pŽriodisation du mode de production capitaliste), pour revenir enÐde�ˆ des critiques qui vous sont adressŽes. Ç Finalement, admettons que jÕaccepte toutes vos critiques sur lÕutilisation que nous faisons du concept de subsomption rŽelle et que nous abandonnions, pour la pŽriode qui sÕest ouverte, lÕappellation de Òseconde phase de la subsomption rŽelleÓ, cela changerait beaucoup de choses, mais pas lÕessentiel au contenu m�me de ce que nous disons : il y a eu restructuration du rapport dÕexploitation, de la contradiction entre le prolŽtariat et le capital. CÕest lˆ lÕessentiel, cÕest de cela dont il faut discuter È (p. 12 dans mon Ždition). Encore une fois, il serait inadŽquat de voir un dŽfaut dans cette fa�on de faire, dans la mesure o� cet enÐde�ˆ vers lequel vous vous retournez nÕest rien dÕautre que lÕExistence de votre corpus thŽorique pour laquelle la critique nÕexiste pas plus que la victoire et pour des motifs identiques. Donc, quand je dis nÕÇ existe pas È, �a ne veut pas dire que vous la refusez, mais que, ˆ un moment ou ˆ un autre, selon la nature des critiques qui vous sont faites, vous ne pouvez pas faire autrement que revenir sur le plan de votre Existence. Il en va de m�me lorsque Roland conclut ainsi son texte sur lÕinŽluctabilitŽ de la rŽvolution : Ç La rŽvolution et le communisme sont inŽluctables en tant que lutte de classes, donc en tant quÕactivitŽs, pratiques. La question du possibiliste sur la nŽcessitŽ de son action nÕa aucun sens ; mais la question de lÕinŽluctabilitŽ sur la garantie de son action, sur ce qui la contraint, non plus. CÕest la lutte des classes qui est inŽluctable et cela nous suffit. È (n. 17, p. 131 ; je souligne). Ë lÕŽpoque jÕavais notŽ en marge : Ç TC se retranche dans son bastion È, ce nÕŽtait pas totalement faux, mais cÕŽtait encore faire lˆ une critique de lÕextŽrieur sans chercher ˆ comprendre la cohŽrence interne du propos. Ce que jÕessaye de faire ici, auÐdelˆ de tel ou tel paradoxe apparent afin de ne pas en faire des contradictions.

 

10. Ë partir de lˆ, il faut reformuler ma seconde question initiale : Ç le collectif dÕŽdition de la revue Meeting, peutÐil �tre le lieu dÕune pratique thŽorique adŽquate au cours actuel du capital et dans quelle mesure ? È, en celleÐci : Dans quelle mesure le collectif Meeting peutÐil �tre votre espace dÕexistence publique lˆ o� vous pouvez �tre ŽcoutŽs et o� vous cherchez ˆ lÕ�tre ? Telle est la question, et telle est la cause principale de votre insatisfaction ˆ lÕŽgard de Meeting, selon moi. Une situation dÕautant plus insupportable que vous nÕ�tes pas en mesure dÕŽnoncer une rŽponse claireÉ par rapport ˆ ce que vous posez comme un Žlargissement possible de votre espace dÕexistence publique, et vous nÕ�tes pas en mesure de la faire parce que si Meeting devenait effectivement lÕespace dÕexistence de ThŽorie communiste, il risquerait tout aussi bien de nÕ�tre ˆ terme plus que cela, et donc il ne serait  plus Meeting, donc vous perdriez votre espace dÕexistence, etc. Il nÕemp�che que vous �tes en m�me temps contraint de le dŽfendre mordicusÉ

 

11. A contrario, Fran�ois se trompe lorsquÕil Žpingle B. Lyon sur sa Ç promotion de la rencontre È en y voyant le fait de Ç ÒfondamentalistesÓ restŽs longtemps tr�s isolŽs È et Ç dŽsireux de ne pas perdre les quelques contacts quÕils ont dŽveloppŽs avec des camarades mieux insŽrŽs dans le milieu que ces derniers, de ne pas perdre la stimulation permanente dÕune thŽorie qui tient la route È ; et il se trompe encore lorsquÕil conclut : Ç la tentation est donc tr�s forte Ð et B. Lyon y succombe Ð de chercher dans une fantasmatique ouverture ˆ tout ce qui rŽsiste la solution ˆ la crise continu du collectif È (Meeting n. 2, Un Ç Meeting Permanent È ! Sans Blague ?, ¤ 20 ; je souligne).

Cette interprŽtation est dÕautant plus intŽressante quÕelle est celle de quelquÕun qui, comme vous lÕattendez, a intŽgrŽ votre thŽorie : Ç Dans cette prŽsentation, je me servirai des concepts ŽlaborŽs par la revue ThŽorie communiste. È (RuptureÉ, p.7) Ð Mais peutÐon se Ç servir È de vos concepts de mani�re fonctionnelle sans tomber dans le travers qui consiste ˆ Ç affirmer des dogmes sans les penser È, comme le dit le message que jÕai citŽ plus haut ? Et dans ce cas sÕagitÐil dÕune intŽgration correcte ? NÕestÐce pas une simple imitation ? MalgrŽ son adhŽsion revendiquŽe ˆ votre thŽorie, Fran�ois se trompe compl�tement sur le sens de votre pratique thŽorique en ne comprenant pas comment celleÐci est un fait de lÕExistence de votre corpus. DÕabord il se trompe en hypostasiant votre espace dÕexistence comme Ç milieu de tout ce qui rŽsiste È ; non pas parce que celuiÐci nÕexiste pas mais parce que ce nÕest pas comme cela que celuiÐci existe pour vous (pour les raisons que lÕon vient de voir). En consŽquence il se trompe Žgalement en voyant votre rapport ˆ cet espace comme une Ç ouverture È ˆ quelque chose dÕautre que vousÐm�me (sinon il nÕy a pas dÕouverture qui tienne) ; pour vous y Ç insŽrer È (on ne sÕins�re pas ˆ soiÐm�me) ; pour ne pas perdre les Ç contacts È que vous avez (on nÕest pas n contact avec soiÐm�me) ; pour ne pas perdre la Ç stimulation È (on nÕest pas un objet de stimulation pour soiÐm�me), etc. Et au final il attribue tout cela ˆ une Ç thŽorie qui tient la route È, comme si la route existait par devers vous. Il ne voit dans la tension qui caractŽrise votre lÕExistence de votre corpus thŽorique, comme pratique thŽorique, quÕune vaine tentative pour sortir de lÕÇ isolement È Ð ce qui, ˆ en rester lˆ, est une contradiction dans les termes : une Existence ne conna”t pas lÕisolement Ð, de la m�me mani�re quÕil ne voit dans la Ç promotion de la rencontre È que de la retape en direction de Ç tout ce qui rŽsiste È (jÕy reviens). Fran�ois voit de la sŽparation partout o�, chez vous, il y a de lÕidentitŽ. Fran�ois confond une thŽorie qui se con�oit comme naturelle ˆ son Žpoque avec la Ç vraie doctrine ÈÐ ce qui est cohŽrent avec sa phŽnomŽnologie de lÕadvenir de ThŽorie communiste.

 

1. En critiquant votre formule prŽsentant ThŽorie communiste comme Ç une thŽorie qui fait ses preuves È, comme sÕil sÕagissait de promouvoir lÕefficacitŽ de ses applications (le fait que vous ayez raisons contre les autres) jÕai commis la m�me erreur dans la mesure o� pour que cela ait un sens et ne soit pas une simple autosatisfaction, il faut comprendre : une thŽorie qui fait la preuve de son Existence comme thŽorie naturelle ˆ lÕŽpoque, ce qui est radicalement diffŽrent.

 

Le rŽsultat de tout cela est que Fran�ois ne peut pas comprendre votre prŽsence dans Meeting, alors m�me quÕil prŽtend rejeter le projet sur la base de votre thŽorie, en ne trouvant pas le Ç changement thŽoricien dans le cours des luttes È (PeutÐon vraiment parler de Ç courant communisateur È ?, Meeting n. 1, p. 6, ¤ 7) qui signifierait pour lui lÕexistence du courant communisateur Ð cÕest ce qui distingue son rejet de Meeting de celui de Trop loin qui ne sÕy apparente que formellement dans la mesure o� DauvŽ et NŽsic ont manifestement mieux Ç compris È ThŽorie communiste que lui. Ce que Fran�ois nÕa pas compris cÕest tout simplement votre thŽorie de la rŽvolution.

 

2. EstÐce ˆ dire que je prŽtends �tre ici en train de Ç comprendre È votre corpus thŽorique mieux que ne le fait Fran�ois ? Certainement pas ! Le thŽoricien docte auÐdessus de la m�lŽe essaye simplement de Ç comprendre È activement (ce qui change tout) et dÕintŽgrer votre thŽorie comme pratique thŽorique, cÕestЈÐdire de se lÕapproprier en essayant de la concevoir. Certes cela se passe sur la base dÕhypoth�ses qui me sont propres, mais sans cela sÕagiraitÐil dÕautre chose que dÕune imitation ? Il ne sÕagirait en tout cas pas dÕune conception. En ce sens jÕanalyse votre thŽorie comme jÕai analysŽ les luttes de maiÐjuin 2003 apr�s la reprise, ou que jÕanalyserais la gr�ve des marins de la SNCM, cÕestЈÐdire non pas comme un discours sur la rŽalitŽ mais comme partie intŽgrante de celleÐci. Et ce nÕest pas de la Ç mŽtathŽorie È.

CÕest le moins que lÕon puisse faire (si on la prend au sŽrieux) ˆ lÕŽgard dÕune thŽorie qui permet dÕŽcrire que Ç la thŽorie, en tant que telle, fait partie intŽgrante , nŽcessaire et active de ce cycle È (n 14, p 9 Ð cette th�se conclue le passage sur vos nonÐvictoires. Je souligne), au m�me titre, donc, que les luttes qui en participent. Ce quÕil faut dŽcrypter ici cÕest quelle est LA thŽorie dont il sÕagit, de la v™tre propre ou des autres thŽories singuli�res,ou encore de la thŽorie Ç en gŽnŽral È. Ma rŽponse cÕest quÕil sÕagit de la v™tre. DÕabord parce que le contexte ne permet pas de comprendre autre chose lorsque vous parlez de votre espace dÕexistence publique. Ensuite parce que vous �tes les seuls ˆ concevoir ainsi la thŽorie (comme dŽtermination de la contradiction du prolŽtariat au capital, auÐdelˆ de la thŽorie Ç au sens restreint È Ð jÕy reviens dans la seconde partie de cette Lettre), ce qui exclut toutes les autres, sauf ˆ projeter sur elles votre propre conception de la chose, ce qui revient au m�me. Et cÕest encore plus vrai si on se rŽf�re ˆ la thŽorie Ç en gŽnŽral È. Ce qui autorise ˆ reformuler votre propos en : Ç la thŽorie de ThŽorie communiste, en tant que telle, fait partie intŽgrante, nŽcessaire et active de ce cycle È. Ce qui revint ˆ dire que votre thŽorie est la thŽorie naturelle ˆ lÕŽpoque, et qui mÕautorise ˆ la traiter comme telle au m�me titre que le fait de dŽverser des fžts de produits chimiques dans une rivi�re, cÕestЈÐdire sans faire de Ç mŽtathŽorie È. Et si je pousse au bout mon hypoth�seÉ ˆ considŽrer cette analyse de votre thŽorie comme faisant partie intŽgrante de celleÐci.

 

12. Contrairement ˆ Fran�ois, Patlotch a pour lui dÕavoir suivi les choses de lÕintŽrieur, ce qui lui donne sans doute un avantage qui lui permet dÕ�tre plus proche de votre vŽritŽ pratique lorsquÕil Žcrit dans sa rŽponse ˆ Pour Meeting : Ç dans votre lettre et vos ÒouverturesÓ pour sortir de la crise de Meeting, le fond et la forme (É) sont admirablement tenus, et pour ainsi dire, de votre point de vue, insŽparables. Je per�ois cette cohŽrence par la sortie, avec Meeting, de la clandestinitŽ de ThŽorie communiste, spŽcialisŽe en thŽorie qui rencontre peu ou prou dÕautres formulations thŽoriques (É). Tout est ˆ sa place, y compris la sinc�re volontŽ dÕŽlargissement et de diversification, qui deviennent incontournables, sauf ˆ crever (É). Je sens bien la nŽcessitŽ de faire Žcho ˆ vos prŽoccupations, parce que en dŽfinitive, je comprends bien que vous nÕavez pas le choix. (e.mail du 7 octobre 2005 ; je souligne).

Tout y est. Sortir de la clandestinitŽ ce nÕest pas rompre un Ç isolement È, de m�me que sortir dÕune Ç marginalitŽ È sur la base dÕun rapport thŽorique ˆ lÕimmŽdiatetŽ des luttes, comme nous le disions en 1983 (n. 5, p. 6 et 7), parce que cette marginalitŽ est construite par et dans ce rapport thŽorique comme un Existence. QuÕaujourdÕhui la donne ait changŽ Ð dans la mesure o� vous vous reconnaissez dans certains moments immŽdiats de la lutte de classes : ceux que vous proposez ˆ Meeting de Ç guetter È, de Ç formaliser È et m�me de Ç promouvoir È (¤ 12), Ð ne bouleverse rien sur le fond de lÕExistence de votre corpus. Tout y est, donc, et surtout le fait essentiel de lÕExistence de votre thŽorie qui sÕimpose autant ˆ vousÐm�mes quÕaux autres comme dŽtermination de votre pratique thŽorique : Ç sauf ˆ crever, vous nÕavez pas le choix È, pour le dire comme Patlotch ; ce qui dit bien ce que �a veut dire en posant simultanŽment votre situation actuelle comme insupportable et inŽvitable. Mais il ne dit pas que cela.

 

13. Patlotch pose un bŽmol en Žcrivant : Ç le probl�me est quÕil nÔen va pas forcŽment de m�me [en ce qui concerne le caract�re insŽparable de la forme et du fond] pour ceux que vous appelez de vos vÏux ˆ participer È. Autrement dit, il nÕest pas Žvident que tout le monde poss�de votre cohŽrence et encore moins la conception pratique de la thŽorie qui est la v™tre. Pour avancer sur cette question de la rŽception de votre pratique thŽorique (et donc de lÕavenir de lÕExistence de votre thŽorie) on a la chance dÕavoir dŽjˆ une mani�re de rŽponse qui provient de deux participants au Cercle de discussion de Paris (en lÕoccurrence les deux auteurs de la Lettre ˆ Meeting publiŽ dans le n. 2, Maxime et le Niveleur) que vous considŽrez comme de possibles participants au collectif : Ç Autre raison, enfin, du ÒpapierÓ de RS [il sÕagit du texte Unification du prolŽtariat et communisation] : le fait quÕil ait ŽtŽ visiblement rŽdigŽ ˆ lÕattention spŽciale de lÕultraÐgauche. On dirait, nous le sentons en tout cas comme �a, que lÕanimateur de TC renifle aujourdÕhui, ˆ tort ou ˆ raison, une brise de changement dans nos milieux, dÕAufheben ˆ ƒchanges en passant par Mouvement communiste et le Cercle de discussion de Paris (citŽ nommŽment). JÕimagine que cÕest pour aider ce mouvement Ñ dont il pressent la timiditŽ et la fragilitŽ encore grandes (de transgression de la loi de lÕÒautonomie ouvri�reÓ) Ð que le preux Roland se glisse ˆ la porte des foyers de discussion de lÕultraÐgauche. CÕest de bonne guerre. È

Il est intŽressant rapprocher ce texte dÕune autre rŽaction (antŽrieure) Žgalement issue du Cercle de discussion de Paris : Ç Si on peut mesurer la vitalitŽ dÕun courant politique rŽvolutionnaire au volume de la littŽrature quÕil diffuse, il est alors juste de reconna”tre que la famille de lÕultraÐgauche Ðau sens large de Gauche communiste, englobant donc les traditions Ògermano-nŽerlandaisesÓ et ÒitaliennesÓÐ est aujourdÕhui battue de tr�s loin par une mouvance de groupes qui sÕaffichent volontiers sur la sc�ne avec le nom gŽnŽrique de ÒcommunisateursÓ. Cet ensemble est, en France, composŽ de cŽnacles tels ThŽorie communiste, Hic salta, Trop loin (Karl Nesik) et La MatŽrielle, auxquels il est lŽgitime dÕadjoindre Gilles DauvŽ, Les Temps critiques (J. Wajnsztejn et J. Guigou) ainsi que Krisis. Ces groupes inondent le Web et les prŽsentoirs de la librairie Parall�les (ˆ Paris) de leurs textes. Parmi ces groupes-revues se dessinent des tendances ˆ constituer un rŽseau de discussion. LÕentreprise actuelle de Meeting en offre une illustration. (É) È (Ces commentaires sont de Maxime). Voilˆ ce qui lui est rŽpondu (je nÕai pas gardŽ trace de lÕauteur) : Ç Il appara”t que cette hyperÐgauche capte beaucoup la rŽflexion des jeunes ŽlŽments en qu�te de thŽorie rŽvolutionnaire aujourdÕhui. Les propositions des communisateurs leur semblent sans doute plus attractives que celles de lÕultraÐgauche, surtout celles venant de composantes fossilisŽes comme le CCI, Battaglia comunista, Programme communiste voire le FOR et le GCI. JÕajouterai ˆ un autre niveau ICO, RGF, PI et le CdP. : il est certain quÕune initiative comme Meeting rencontre plus dÕŽchos que notre rŽseau, dont le dynamisme et lÕesprit dÕentreprise ne sont visiblement pas la caractŽristique (malgrŽ la prŽsence parmi nous dÕun reprŽsentant communisateur en lÕesp�ce de JW [Temps critiques]). (É) Toujours est-il que la situation sociale que nous fait vivre le capitalisme poussera toujours plus de jeunes dans une prise de parti politique oppositionnel. Au fur et ˆ mesure que les tensions sociales grandiront le radicalisme des idŽes s'accentuera. C'est pourquoi je suis d'accord avec toi pour estimer nŽcessaire d'intervenir dans ces cercles car il existe sans doute en leur sein comme partout une expression issue de la classe des prolŽtaires entrem�lŽe ˆ des idŽes style Òmiddle classÓ. È

 

14. Au vu de ces diffŽrentes rŽactions je crois que Patlotch nÕa pas tort quand il craint que votre cohŽrence de la forme et du fond, de votre pratique thŽorique, donc, ne soit pas la chose la mieux partagŽe du monde. En effet, si Maxime et le Niveleur, dans le premier passage citŽ, per�oivent correctement votre dŽmarche en direction de lÕultraÐgauche sur la base de sa fragilitŽ, de sa timiditŽ ˆ lÕŽgard de la Ç loi de lÕautonomie ouvri�re È et de la Ç brise de changement È qui souffle sur elle, ce nÕest que formellement, cÕestЈÐdire comme une dŽmarche intentionnelle, destinŽe ˆ aider un processus existant par ailleurs ˆ sÕaccomplir. Et cÕest ainsi quÕils peuvent y voir une mani�re dÕÇ entrisme È lorsque Roland Ç se glisse ˆ la porte des foyers de discussion de lÕultraÐgauche È Ð avec la rŽponse du berger ˆ la berg�re, sous la plume de lÕinterlocuteur de Maxime qui Ç estime nŽcessaire dÕintervenir dans ces cercles È, mais cela non pour accompagner un processus existant mais afin de contrer un racket concurrent (qualifiŽ dÕÇ hyperÐgauche È) qui risque de Ç capter È Ç la rŽflexion des jeunes ŽlŽments en qu�te de thŽorie rŽvolutionnaire aujourdÕhui È en les faisant se perdre dans des Ç idŽes de style middle class È. Entrisme visЈÐvis de lÕultraÐgauche, donc, dÕun c™tŽ, et racket sur Ç les jeunes È en mal de thŽorie radicale, de lÕautre, cÕestЈ-dire, dans les deux cas intervention extŽrieure. Que lÕun soit per�u de mani�re plut™t positive, et lÕautre rejetŽ (ce qui est logique entre rackets concurrents), ne change rien ˆ la donne ; et le fait de conclure par un Ç cÕest de bonne guerre È, comme le font Maxime et le Niveleur est significatif de ce rapport de proximitŽ (dont dÕextŽrioritŽ). De m�me lorsque tous sÕaccordent sur le dynamisme et la vitalitŽ des Ç communisateurs È comme une Ç initiative È opposŽe au Ç peu dÕesprit dÕentreprise È du Cercle de discussion.

Or, par dŽfinition, des dimensions telles que lÕÇ initiative È ou lÕÇ esprit dÕentreprise È, ou encore lÕintervention en ce quÕelle suppose dÕextŽrioritŽ dÕelleÐm�me ˆ son objet, sont totalement Žtrang�res ˆ lÕExistence de votre corpus thŽorique (si cÕŽtait le cas cela reviendrait ˆ une autodestuction). Lorsque B. Lyon Žcrit : Ç Le courant communisateur est-il/sera-t-il donc un sujet socialement actif ? Peut-�tre que oui, au sens restrictif o� les critiques anticitoyennistes deviennent sensŽes, par un ÒdŽbouchŽ historiqueÓ intŽgrant le cours du cycle actuel È (Le courant communisateur sujet politique ?, Meeting n. 2, ¤ 2), cÕest, prŽcisŽment, Ç le cours du cycle actuel È qui implique la chose et pas une dŽmarche intentionnelle de votre part. Lorsque vous dŽfinissez votre Ç espace dÕexistence publique È, comme on lÕa vu plus haut, cÕest simultanŽment ˆ ce qui fait lÕinstabilitŽ du dŽmocratisme radical, cÕestЈÐdire lÕincapacitŽ pour le prolŽtariat de formaliser la moindre existence Ç autonome È face au capital Ñ ce qui est une autre mani�re de parler du cycle de lutte actuel Р: Ç ce qui dŽfinit son instabilitŽ (É) dŽfinit simultanŽment notre espace dÕexistence publique È ŽcrivezÐvous, ce qui revient ˆ dire quÕune identique instabilitŽ, inscrite donc dans le cours actuel des luttes, au point que Ç de plus en plus les rŽcits [de luttes] des tenants de lÕautonomie ne sont plus quÕun aveu de ses impasses È (¤ 15), dŽfinit simultanŽment votre pratique thŽorique comme Existence du corpus tŽcŽien. Et cÕest en cela que rŽside votre Ç admirable È tenue de la forme et du fond, comme dit Patlotch, dans la saisie dÕun processus existant qui vous saisit vousÐm�me simultanŽment, et non dans une intentionnalitŽ abstraite.

 

15. Cette mŽprise sur la nature de votre pratique thŽorique, ou sa rŽduction ˆ une pure intentionnalitŽ, explique que chez le Niveleur et chez Maxime (mais pas, dans une certaine mesure, chez son interlocuteur qui oppose les Ç fossiles È de lÕultraÐgauche aux Ç jeunes È), le champ thŽorique quÕest censŽ recouvrir le Ç courant communisateur È soit radicalement diffŽrent du v™tre quant ˆ sa nature. Il est en effet avant tout Ç institutionnel È en ce sens quÕil se situe sur le plan des groupes et des revues : ils citent Aufheben, ƒchanges et Mouvement communiste, auxquels ils rajoutent dans leur Lettre ˆ Meeting : Trop loin, Hic Salta et Bruno Astarian, et aussi Temps critiques et Krisis. Des tenants de lÕautonomie, donc, aux nŽgateurs de la thŽorie du prolŽtariat, en passant par les nŽgationnistes de la valeurÐtravailÉ �a fait un sacrŽ Žventail ! Certes, dans le numŽro 16 de ThŽorie communiste vous procŽdiez de la m�me mani�re, toute aussi gŽnŽreuse, lorsquÕil sÕagissait de prŽsenter le Ç courant thŽorique ÓcommunisateurÓ È en appelant Hic Salta, Aufheben, le G. DauvŽ de Quand meurent les insurrections, Fran�ois avec Catastrophe et RŽvolution, le groupe espagnol Etcetera, ƒchanges, Le lundi au soleil, Perspectives Internationalistes et Mouvement communiste ; avec quelques restrictions, toutefois, sur quelquesÐuns dÕentre eux (op. cit., Mai 2000, p. 10). Au dŽtail pr�s des groupes retenus, vous adoptiez donc ˆ cette Žpoque le m�me point de vue institutionnel que Maxime et le Niveleur. Mais vous parliez alors du Ç courant thŽorique communisateur ÈÉ Toute diffŽrente est lÕapproche que vous prŽsentez aujourdÕhui dans Pour Meeting o� vous vous proposez non plus de vous adresser ˆ des groupes/revues  existants mais Ç ˆ des gens ÒsimplesÓ et Ò sŽrieuxÓ È (¤ 2). Cette formule est un peu bizarre, mais je suppose quÕelle sÕexplique par ce que vous dites plus bas ˆ propos des Ç quarante quartiers de noblesse thŽorique È (¤ 17), des gens qui sont capables de sÕexprimer Ç sans requŽrir la mobilisation de tout un arsenal conceptuel È (¤ 14) et de dire les choses Ç bri�vement et comme un compteÐrendu objectif de lutte È (¤ 12), sinon cela revient ˆ dire que ces gens sont des nessi.

 

Si tel nÕest pas le cas cela ne va pourtant pas sans probl�mes, par exemple lorsque vous reprenez ˆ votre compte dans Pour Meeting un passage de Patlotch sur Ç la lutte des classes sans phrases È et que vous notez : Ç nous laissons de c™tŽ le Ç sans phrase È Ð rien ne se donne jamais en clair È : si rien ne se donne jamais en clair , cela signifie que pour saisir ce donnŽ il faut requŽrir tout un arsenal conceptuelÉ ce que vous venez de mettre de c™tŽ. Lorsque Roland Žcrit dans LÕŽcart, par exemple, cette formule Ç simple È : Ç On ne peut plus rien faire en tant quÕouvrier en le demeurant È (¤ 5), ou simplement lorsquÕil emploie des mots du langage courant comme Ç Žcart È ou Ç annonce È ou Ç insatisfaction È (ˆ lÕŽgard de lÕautoÐorganisation), vous nÕallez pas me dire que ces mots sont lˆ Ç comme �a È, en toute simplicitŽ et quÕils ne sont pas le produit de toute une mŽcanique conceptuelle, ˆ commencer par le concept de Ç programmatisme È et tout ce qui sÕen suit, jusquÕau prolŽtariat qui Ç extranŽise son existence de classe comme une contrainte existant dans le capital face ˆ lui È (LÕŽcart, ¤ 11). En outre, en gŽnŽral, cÕest lorsque lÕon emploie de tels mots que le bagage conceptuel quÕils embarquent est le plus lourd (Hegel est un ma”tre du genre).

Comme vous lÕavez Žcrit ˆ Denis : Ç Si tout Žtait aussi simple (É) avec une thŽorie qui ne peut en aucun cas Òse trouver extŽrieureÓ et qui condense ÒlÕexpŽrience rŽelle des prolŽtaires rŽels Ó, nous pourrions envisager demain de faire un quotidien et apr�sÐdemain la rŽvolution. È (ThŽorie communiste n. 7, septembre 2001, p. 139). Je suis dÕaccord avec vous, mais vous, lÕ�tes vous encore avec vousÐm�me sur ce point ? Ou bien concevezÐvous le Meeting de votre plaidoyer comme ce quotidien de demain et la rŽvolution pour apr�s demain ?

Dans A fair amount of killing, un texte exotŽrique de ThŽorie communiste (la MatŽrielle n. 6, avril 2003) jÕai critiquŽ ce que jÕappelais alors votre Ç double langage È (exotŽrique et ŽsotŽrique), ce qui se rŽf�re ˆ la m�me problŽmatique. Cette critique nÕŽtait pas fausse mais, aveuglŽe par ma croisade antispŽculative de lÕŽpoque, elle demeure toutefois formelle (jÕy vois une tentative pour donner ˆ votre systŽmaticitŽ spŽculative Ç une physionomie toute  ˆ fait raisonnable È [¤ 2]). Ce nÕest pas ici votre systŽmaticitŽ spŽculative qui est en cause (elle existe bel et bien) mais le r™le que je lui fais jouer dans votre corpus thŽorique. Je critiquais Žgalement les modalitŽs thŽoriques de votre collaboration avec Alcuni fautori delle comunizzazione et le satisfecit que vous vous octroyiez pour lÕoccasion, malgrŽ des divergences sur le fond (en lÕesp�ce sur lÕanalyse du capital, ce qui nÕest pas un dŽtail) et jÕy voyais Ç une pratique de lÕactivitŽ thŽorique qui transforme celleÐci en un activisme thŽorique È comme Ç une Žchappatoire dont a besoin, ˆ un moment o� ˆ un autre, tout systŽmaticitŽ spŽculative pour dŽpasser ses limites È et je concluais : Ç cÕest alors que lÕon adopte un langage exotŽrique et que lÕon met momentanŽment de c™tŽ ses fondements thŽoriques È (¤ 5). Au total, on retrouve dans ce texte tout ce que je reproche plus haut ˆ Fran�ois et ˆ Maxime/le Niveleur au nom de lÕidentitŽ de votre pratique thŽorique et de lÕExistence de votre corpus. Ici je fais de votre pratique thŽorique (les modalitŽs de votre travail avec Alcuni fautoriÉ) un dŽfaut de votre systŽmaticitŽ spŽculative dans ses limites, comme si celleÐci Žtait extŽrieure ˆ celleÐlˆ Ð et une extŽrioritŽ qui crŽe une contradiction de surcro”t Ð, laquelle vous oblige ˆ sortir de vous m�me, comme une aliŽnation, dans une pratique per�ue comme une Žchappatoire. Tout est donc ici cul par-dessus t�te et �a interdit de comprendre votre pratique thŽorique, comme Existence, dans sa cohŽrence. - On va voir tout de suite comment a contrario cette dimension exotŽrique de votre discours, loin de mettre entre parenth�ses vos fondamentaux les Žtablit comme une fonction de lÕExistence de votre corpus thŽorique comme pratique thŽorique : cette dimension ce ne sont pas des Ç mots È mais un rapport dans votre espace dÕexistence (publique).

Mais cela ne se conna”t quÕˆ lÕusage : cÕŽtait en avril 2003, jÕai cl™turŽ la premi�re partie de la MatŽrielle dans le m�me temps, le numŽro 1 de Meeting est sorti en septembre 2004 et puis il y a eu la suite, moyennant les gr�ves de maiÐjuin 2003 qui mÕont permis de recentrer relativement mon propos initial et lÕassemblŽe rŽdactionnelle du numŽro 2É

Pour revenir ˆ la question de dŽpart sur les Ç gens ÒsimplesÓ et ÒsŽrieuxÓ È, cÕest une fois de plus dans votre Existence quÕil faut chercher la rŽponse si lÕon veut y voir une cohŽrence et non une contradiction.

 

La question est : ces gens Ç simples È et Ç sŽrieux È, qui sontÐils et o� sont-ils ? Comment percevezÐvous ceux qui sont ˆ vos yeux des interlocuteurs potentiels de Meeting, cÕestЈÐdire, rappelonsÐle, des gens face auxquels vous rencontrez des difficultŽs Ç insupportables È lorsquÕil sÕagit de parler de la revue ? Ð CÕest quand m�me �a qui motive avant tout votre plaidoyer pro Meeting. AuÐdelˆ : dans quelle mesure, dans ces conditions, peuventÐils participer de votre pratique thŽorique, sans pour autant �tre manipulŽs ou victime dÕun racket ? Mais aussi, corollairement, sans que ThŽorie communiste y perde son Existence ou y dŽvoie sa pratique thŽorique ?

 

16. Ë lÕŽgal de Maxime et le Niveleur, vous citez un certain nombre de groupes et/ou revues tels que Aufheben, RiffÐRaff, Oiseau temp�te, TPTG (Ta Pedia Tis Galavias/ Les enfants de la galerie), un petit groupe ˆ Berlin, Kolinko et le Cercle de discussion (¤ 2). Ë part Aufheben, par rapport ˆ votre liste prŽcŽdente, il ne reste plus personne : exit ƒchanges, exit Etcetera, Mouvement communiste, etc. Ce ˆ quoi vous vous intŽressiez alors dans ces groupes cÕŽtait ˆ la fa�on dont ils posaient thŽoriquement la question de la rŽvolution comme communisation, auÐdelˆ de lÕaffirmation dÕune pŽriode de transition, m�me si vous posiez quelques bŽmols chez les uns et les autres. AujourdÕhui, dans Pour Meeting, vous allez auÐdelˆ de ce point de vue. Chez Aufheben vous retenez en effet les individus qui ont quittŽ le groupe, chez Oiseau temp�te, ce sont ceux qui Ç ne se satisfont plus pleinement des radotages conseillistes de Reeves È, chez Kolinko ceux qui Ç sÕinterrogent sur la rŽpŽtition de lÕopŽra•smeÉ È, certains ŽlŽments de RiffÐRaff, etc. (¤ 2). Plus loin vous les dŽsignez comme Ç des personnes participant par ailleurs ˆ des groupes ou revues [qui] sÕimpliqueront dans le cheminement de Meeting È a contrario du Ç Ògroupe des parisiensÓ participant ˆ Meeting È qui Ç ne se donne pas une existence autre È et Ç se consid�re comme Žtant la Òsection parisienneÓ de Meeting È (¤ 7).

 

17. Plusieurs traits communs caractŽrisent le Ç profil È de qui est susceptible selon vous de Ç cheminer È avec Meeting.

En premier lieu il y a, comme on vient de le voir, sa fa�on dÕ�tre thŽorique, Ç simple È et Ç sŽrieuse È comme le lÕai interprŽtŽe. Mais cela ne va pas sans probl�mes du point de vue de la production de lÕobjectivitŽ supposŽe de leurs propos.

En second lieu, il y a le fait quÕil est (et non pas il doit �tre, ce qui supposerait une intervention extŽrieure) plus ou moins en rupture avec son milieu dÕorigine, ou plus gŽnŽralement insatisfait de celuiÐci Ð ce qui peut faire effectivement rŽfŽrence aux Ç jeunes en recherche de thŽorie rŽvolutionnaire È sur lesquels lÕinterlocuteur de Maxime craint que les Ç communisateurs È exercent un racket concurrent au sien, ce en quoi il se trompe bien sžr Ð mais par rapport ˆ Maxime et au Niveleur, il ne se trompe pas sur le fait de la chose.

En troisi�me lieu, enfin, ils doivent surtout �tres capables dÕavoir une Ç existence autre È par rapport ˆ Meeting afin de sÕimpliquer sans pour autant tomber dans la dŽrive Ç sectioniste È. Ceci est important dans la mesure o� cette dŽrive est, en interne, le corollaire de lÕinsatisfaction que vous Žprouvez ˆ lÕextŽrieur, face ˆ ces personnes prŽcisŽment, et qui motive votre intervention dans le dŽbat.

Ainsi dŽlimitŽ, ce Ç profil idŽal È, ˆ en rester lˆ, ne laisse pas dÕ�tre problŽmatique : que signifie cette Ç existence autre È parce quÕelle participe Ç par ailleurs ˆ des groupes ou revues È, sur la base dÕune implication Ç dans le cheminement de Meeting È, parce quÕelle ne satisfait pas de son existence dans ces groupes sans pour autant faire de Meeting un nouveau groupe ? Vous mÕaccorderez que tout cela est un peu compliquŽ. Et �a le devient encore plus si on ajoute ˆ ces deux traits le premier qui revient peu ou prou ˆ mettre entre parenth�ses son bagage thŽorique.

 

Vous Žcrivez : Ç Loin de nous lÕidŽe, on sÕen doutera, de supprimer les textes thŽoriques, les Žchanges avec ceux dont nous parlions au dŽbut seront durement thŽoriques È (¤ 16) ce qui suppose quÕon ne laisse pas son bagage thŽorique ˆ la porte en arrivant chez Meeting. Pourtant, le fait que vous ressentiez le besoin de donner cette prŽcision Ð cÕest la seule fois dans votre texte o� vous parler de la thŽorie en tant que telle alors que vous ne cessez pas dÕÇ en faire È Ð et la fa�on dont vous la donnez Ç en passant È, comme une Žvidence, sonne faux. On dirait que vous cherchez ˆ vous dŽdouaner afin que lÕon ne vous suspecte pas de vouloir faire de Meeting une Ç revue des luttes È qui met la thŽorie entre parenth�ses ou qui lui accorde une place ˆ part, dans une rubrique parmi dÕautres, comme le fait ƒchanges (alors que lÕon sait bien que m�me pour eux, cela nÕa pas de sens). Votre rŽfŽrence ˆ ce bulletin, m�me Ç formellement È (¤ 12), nÕest pas lˆ pour Žclairer votre propos : comme si le fait de Ç guetter È, de Ç formaliser È. et de Ç promouvoir È (¤ 12) les pratiques qui Ç creusent un Žcart È dans les luttes en lieu et place des manifestations de lÕÇ autonomie È suffisait ˆ faire la diffŽrence entre ce type de publications et Meeting. En outre, ˆ sÕen tenir ˆ ces pratiques, elles peuvent tout aussi bien �tre formalisŽes dans une thŽorie de lÕautonomie, et promues comme telle, ce quÕƒchanges dÕailleurs ne fait pas m�me si elle en fait sont crit�re dÕŽvaluation des luttes, mais ce que le Centro di ricerca per lÕazione comunista, par exemple, ne manque pas de faire comme pratique militante, tout en Žcrivant : Ç Le prolŽtariat, en tant quÕil est ˆ lÕintŽrieur du rapport capitaliste, oscille entre la nŽcessitŽ de sa propre reproduction sociale et la lutte contre cette nŽcessitŽ. Dans cette dynamique interne ˆ la lutte entre les classes, il ne peut y avoir sŽparation des deux termes, sinon la contradiction qui est ˆ la base de la polarisation sociale dispara”t È (Lotta sporca) et en voyant dans cette oscillation le cours de lÕautonomie de la classe contre sa division, entre travailleurs fixes et travailleurs prŽcaires, par exemple (alors quÕƒchanges le voit contre la rŽpression et lÕencadrement syndical et/ou patronal de lÕautonomie). Par ailleurs, comme je lÕai dŽjˆ dit, une thŽorie de lÕÇ aire de la communisation È peut tout aussi bien intŽgrer votre Ç thŽorie de lÕŽcart È (je reviendrai sur le statut de celleÐci dans la seconde partie de cette Lettre). Encore une fois, ce qui fait la diffŽrence ici, ce nÕest pas le fait de la chose mais lÕanalyse que vous en donnez, cÕestЈÐdire votre thŽorie de lÕŽcart. Ce qui est cohŽrent et lŽgitime de votre point de vue.

Cependant, ˆ quelque niveau de lecture de ThŽorie communiste que lÕon se place, cela peut appara”tre contradictoire dans la mesure o� cette concession sur le mode de lÕŽvidence de la prŽsence de la thŽorie, ou mieux du Ç thŽorique È, dans Meeting revient ˆ Žtablir une sŽparation entre la Ç thŽorie au sens restreint È, comme vous dites, cÕestЈÐdire lÕactivitŽ intellectuelle dÕabstraction (parce que la thŽorie comme dŽtermination de lÕactivitŽ du prolŽtariat est extraction de lÕimmŽdiatetŽ), et la thŽorie, prŽcisŽment, comme cette dŽtermination dont lÕabstraction thŽorique nÕest quÕune formalisation (n. 14, dŽcembre 1997, p. 19 et suiv.). Et une sŽparation qui ruine lÕensemble du corpus de ThŽorie communiste qui repose depuis le dŽbut sur lÕidentitŽ entre les deux Ð et cÕest cette identitŽ, estÐil besoin de le prŽciser ?, qui fonde celuiÐci comme la thŽorie naturelle ˆ lÕŽpoque, cÕestЈÐdire une thŽorie qui ne saurait se rŽduire ˆ une abstraction.

Si ce nÕest pas une contradiction, je vois dans cette forme de repentir une cohŽrence par dŽfaut dans la difficultŽ que vous Žprouvez ˆ parler de votre fa�on de faire votre thŽorie dans Meeting, comme je lÕai dit plus haut. Pourtant, lorsque vous Žcrivez avant cela : Ç Meeting est en train de devenir, quelle que soit lÕimportance dans la revue des textes tŽcŽistes (Christian nous excusera, mais nous incluons les siens lˆÐdedans), la revue de lÕÇ aire de la communisationÓ È (¤ 10), cÕest bien de pratique thŽorique dont vous parlez puisque ce nÕest pas le poids des textes tŽcŽistes dans la revue, ni, si jÕai bien compris, les seuls textes de Denis, qui sont responsables de cette image de Ç revue de lÕÒaire de la communisationÓ È. Ð NÕayez crainte je ne me formalise pas du fait que vous mÕassimiliez aux Ç textes tŽcŽistes È : jÕai ŽtŽ le premier ˆ reconna”tre cette proximitŽ dans mon message du 31 aožt ˆ Senonevero Ð sur un plan strictement thŽorique toutefois, ce qui confirme ce que je dit plus haut sur le poids de la pratique thŽorique dans tout cela.

 

Vous allez me dire que ce Ç profil idŽal È du participant possible ˆ Meeting que je dŽcris nÕexiste pas chez vous, que cÕest moi qui le construit ˆ partir dÕŽlŽments Žparts dans votre texte, pour les besoins de mon analyse ; que les trois traits que jÕisole, prŽcisŽment, nÕont pas ˆ se retrouver simultanŽment dans un seul et m�me individu, que cela va dŽpendre des sujets abordŽs, voire des problŽmatiques locales ; que Meeting sera ce que lÕÇ on È en fera et que votre texte ne parle pas dÕune cible marketing ˆ laquelle on destine le label Ç communisateur ÈÉ Tout ceci est parfaitement exact, y compris ma construction : les ŽlŽments Žparts que jÕutilise ne constituent pas un Ç profil idŽal du postulant communisateur È. Ces traits que je distingue ne le sont que formellement et en consŽquence il ne faut pas en rester lˆ. Mais il est exact Žgalement que cela suppose que vousÐm�mes nÕen restiez pas lˆ, et que votre Ç on verra È, Ç il est possible de produire ce que lÕon veut voir È (¤ 18) suppose, par rapport ˆ ces ŽlŽments Žparts, une cohŽrence. Cette cohŽrence il faut la voir, comme je lÕai dit plus haut, dans lÕExistence de votre corpus, dans lÕÇ espace dÕexistence È de votre pratique thŽorique qui la constitue ; et que cet espace soit peuplŽ dÕŽlŽments disparates, voire irrŽductibles les uns aux autres, nÕenl�ve rien ˆ cette unitŽ constituante, bien au contraire.

 

18. Vous Žcrivez : Ç (É) ce qui devient frappant cÕest la multiplicitŽ des mani�res de parvenir ˆ cette remise en cause [du schŽma rŽvolutionnaire de lÕautonomie], cette multiplicitŽ cÕŽtait celle du projet de Meeting : la diversitŽ actuelle dÕaborder la communisation ou m�me seulement de parvenir ˆ formuler les questions qui y m�nent È (¤ 16). On ne peut dire mieux ce quÕŽtait le projet de Meeting. Ce qui nous intŽresse ici cÕest sur quoi repose ce retour ˆ lÕauthenticitŽ du projet. Dans le m�me paragraphe vous concluez : Ç le courant communisateur est une tendance contradictoire (reproduction/remise en cause) ˆ lÕintŽrieur du rapport dÕexploitation et de sa reproduction È. Avant cela, vous avez dit : Ç Ë notre avis, si nous avons un travail quotidien ˆ fournir cÕest celui de guetteurs, de formalisateurs, et de promoteurs de tout ce qui, ˆ lÕintŽrieur de ce quÕest devenu la limite de ce cycle (agir en tant que classe), annonce la remise en cause par le prolŽtariat de son existence È (¤ 12). Voilˆ la base de votre retour ˆ lÕauthentique, cÕestÐdire vos propres fondamentaux qui, loin de participer de la multiplicitŽ et de la diversitŽ que vous dites constater, et que vous appelez de vos vÏux pour Meeting, en sont les prŽsupposŽs.

Il nÕy a que vous pour qui tout cela a un sens : parce que seuls vous considŽrez votre thŽorie comme la thŽorie naturelle ˆ lÕŽpoque (dans son Existence, donc auÐdelˆ de sa vŽritŽ abstraite), et parce que vous ne pouvez pas faire autrement, il nÕy a que pour vous pour qui le travail de Ç guetteur È, de Ç formalisateur È ou de Ç promoteur È que vous proposez puisse ne pas �tre un travail de naturaliste ou de militant mais une pratique thŽorique ; il nÕy a que pour vous quÕil est possible de parler Ç simplement È et Ç sŽrieusement È objectivement des luttes sans mettre entre parenth�ses son Ç arsenal conceptuel È ; il nÔy a que pour vous quÕil est possible de sÕimpliquer dans le cheminement de Meeting en ayant une Ç existence autre ÈÉ Tout ce qui peut para”tre contradictoire ou paradoxal dans votre plaidoyer pro Meeting, devient lŽgitime et cohŽrent d�s que lÕon admet que le corpus tŽcŽien est le corpus thŽorique naturel ˆ lÕŽpoque. La distinction entre thŽorie et lutte de classes nÕa pas lieu dÕ�tre puisque le Ç courant communisateur È est une tendance contradictoire dans le cycle de luttes actuel, entre se reproduire comme classe du mode de production capitaliste et se remettre en question comme telle dans les pratiques dÕŽcart dans lÕidentitŽ des deux. En ce sens, votre corpus, dans son Existence, ou votre corpus comme Existant, est le cours actuel du cycle de luttes tout autant que ce cycle est cette Existence. Une fois que lÕon a compris cela (ce que ne fait pas Fran�ois lorsquÕil attend que survienne Ç un changement thŽoricien dans le cours des luttes È pour quÕadvienne le Ç courant communisateur È), la question de la diffŽrence entre lÕapproche Ç institutionnelle È de ce Ç courant È par Maxime et le Niveleur, ainsi celle que vous proposez dans le n. 16 de ThŽorie communiste, et celle de Pour Meeting qui met de c™tŽ les groupes en tant que tels au profit des individus tombe dÕelleÐm�me.

 

19. Dans votre plaidoyer pro Meeting, lorsque vous parlez de la chose, on ne sait jamais vraiment si cÕest du collectif ou de la revue dont il sÕagit. JÕai dit en commen�ant que sÕil sÕagit du fonctionnement de celleÐci, la question ne se pose pas ; donc cÕest du collectif dont vous parlez. Mais celuiÐci, comme assemblŽe rŽdactionnelle de la revue ne peut par dŽfinition en �tre sŽparŽ et jÕai parlŽ de confusion des genres pour expliquer ses errements : cÕest vrai mais, une fois de plus, ˆ en rester lˆ, cÕest formel. Dans votre texte, dÕun c™tŽ vous faites des propositions pour retrouver ce que Meeting (la revue) Ç aurait dž toujours �tres È afin de la rendre plus adŽquate ˆ sa destination initiale : Ç Fini la belle revue annuelle avec couverture glacŽe È (¤ 12), Ç plus de nerf dans la pŽriodicitŽ È (¤ 14), etc. et dÕun autre c™tŽ vous faites des propositions ciblŽes pour Žlargir la participation ˆ MeetingÉ mais on ne sait toujours pas ˆ quel niveau vous situez cette participation car les deux volets de votre projet de rŽforme ne sont pas articulŽs explicitement.

Vous allez me dire que je suis trop Ç analytique È, et quÕune nouvelle fois je vois des sŽparations de partout et surtout lˆ o� il nÕy en a pas, au dŽtriment dÕune vision Ç synthŽtique È, et une nouvelle fois je rŽponds que cÕest vrai. CÕest vrai ˆ ceci pr�s que cette synth�se, ou cette articulation entre les deux volets de votre plan de rŽforme, nÕexiste immŽdiatement que pour vous, cÕestЈÐdire implicitement, sauf ˆ essayer de concevoir thŽoriquement cette synth�se comme je le fais ici Ð mais je suis le seul ˆ tenter cela (ˆ lÕexception de Patlotch, comme on lÕa vu plus haut, mais, il ne va pas jusquÕaux ultimes consŽquences de ses prŽmisses)É ce qui revient ˆ dire que pour le reste lÕindŽterminŽ demeure la r�gle susceptible dÕadmettre tout et son contraire sur un plan. Mais cette conception, cÕestЈÐdire la synth�se comme pratique thŽorique immanente ˆ lÕExistence de votre corpus en tant quÕil se pose comme thŽorie naturelle ˆ lÕŽpoque ou, dit autrement, comme identitŽ de lÕactivitŽ contradictoire du prolŽtariat et de la mise en forme abstraite de cette activitŽ, ou encore unitŽ de la lutte de classes et de la thŽorie etc., cette conception aboutit ˆ reconna”tre que sÕimpliquer dans le cheminement de Meeting, comme vous dites, �a revient ˆ cheminer avec vous dans Meeting et, in fine, ˆ participer de lÕExistence de ThŽorie communiste comme facteur de sa pratique thŽorique. Et cÕest de cela dont vous avez du mal ˆ parler, cÕest cela qui vous met dans la situation Ç insupportable È que vous dŽnoncez, insupportable parce que �a ne se dit pas, non parce que cÕest un secret inavouable, parce quÕil cache une manipulation, un racket, de la retape en direction des Ç jeunes È et des insatisfaits de lÕultraÐgauche etc., mais parce que cela sÕimpose tout autant ˆ vous que vous le faites partager aux autres, parce que votre thŽorie et la thŽorie naturelle ˆ lÕŽpoque.

De fa�on gŽnŽrale, vous apprŽciez gu�re que les choses auxquelles vous participez soient formalisŽes de trop, lÕinformel du Ç on verra È, on verra ce que la pratique, ou simplement lÕusage de la chose donnera, vous convient apparemment mieux dans la mesure o� il est effectivement adŽquat ˆ cet Ç espace dÕexistence È dans lequel vous ne recherchez pas des Ç victoires È (qui ne seraient jamais que le fait dÕavoir eu raison sur la base du moment abstrait de lÕactivitŽ contradictoire du prolŽtariat), et parce que cet espace, par dŽfinition et sauf ˆ perdre la plasticitŽ nŽcessaire pour que vous soyez en mesure de vous y mouvoir, ne peut �tre formalisŽ. Sauf que pour voir, on a vu.

On a vu ce que ce refus du formalisme a donnŽ dans le cas de Meeting au travers de tout ce que nous avons fait ou pas fait Ç sans que cela soit dit È (¤ 9)É et cet Ç on a vu È cÕest pas Ç le coup de pied de lÕ‰ne È. ‚a ne lÕest pas dans la mesure o� cette promotion de lÕinformel ne vaut pas comme un choix ou une posture de circonstance mais parce quÕelle sÕimpose ˆ vous comme le seul milieu adŽquat ˆ lÕExistence de votre corpus thŽorique ; et rien dans Pour Meeting nÕest lˆ pour indiquer que cela puisse changer, ce qui est tout ˆ fait logique . Mais sÕil est vrai que les m�mes causes produisent toujours les m�mes effets, il est possible de prŽvoir dÕores et dŽjˆ la suite, cÕestЈÐdire un retour ˆ lÕidentique, peutÐ�tre pas dans la forme de la revue dans la mesure o� Ç �a mange pas de pain È, mais quant ˆ lÕindŽtermination du collectif, une fois passŽs les effets de lÕonde de choc que votre plaidoyer pro Meeting aura Žventuellement gŽnŽrŽ. M�me requalifiŽ au travers de votre Ç plan de relance È, un indŽterminŽ reste un indŽterminŽ.

 

 

En conclusion de cette premi�re partie

 

20. Deux choses motivent votre intervention dans la Ç crise È de Meeting prŽcipitŽe par lÕÇ affaire Patlotch È. Dans lÕordre dÕexposition de Pour Meeting il y a dÕabord la situation insupportable que vous dites �tre la v™tre lorsquÕil sÕagit de parler de Meeting ˆ des gens susceptibles dÕy participer (dans le cadre de lÕindŽtermination collectif/revue que lÕon a vu plus haut). Ensuite, cÕest le fait que la revue devienne lÕorgane de Ç lÕaire de la communisation È, ou pire dÕun Ç parti des communisateurs È et la dŽrive Ç sectioniste È qui peut en dŽcouler, avec les comportements qui vont de pair. En consŽquence, vous proposez un certain nombre de mesures destinŽes ˆ pallier ˆ ces deux limites afin de rŽtablir Meeting dans son projet initial (sans toutefois articuler explicitement ces mesures entre elles, selon moi, comme on lÕa Žgalement vu), certaines de ces mesures Žtant de nature subjective en ce quÕelle concerne votre prŽsence en son sein, les autres Žtant de nature objective en ce quÕelles touchent lÕavenir de Meeting.

Au vu de lÕanalyse de votre pratique thŽorique qui prŽc�de, il est clair que cÕest le premier motif qui dŽtermine le second, ce qui nous ram�ne ˆ ce que jÕai dit en dŽbutant sur lÕinsatisfaction que vous Žprouvez face ˆ Meeting, comme ne tenant pas tant ˆ la chose elleÐm�me quÕˆ la vision que vous en avez, donc ˆ vousÐm�me. En ce sens, si comme vous le dites, Meeting correspond ˆ un Ç besoin thŽorique actuel È, ce besoin nÕest jamais que celui de votre pratique thŽorique, ce qui revient ˆ dire, avec toutes les difficultŽs quÕil y a effectivement ˆ le dire, quÕau final sÕimpliquer dans le cheminement de Meeting, telle que vous concevez la chose, �a revient ˆ cheminer avec vous dans Meeting et au total ˆ participer de lÕExistence de ThŽorie communiste comme facteur de sa pratique thŽorique. ƒtant bien entendu que cela ne rel�ve pas dÕun choix dŽlibŽrŽ de votre part (comme une manipulation, de la retape, etc) mais que �a sÕimpose ˆ vous du fait de votre corpus thŽorique comme Existant rŽel. Ceci ne revient pas ˆ disqualifier les propositions que vous faites pour sortir la revue de lÕorni�re, mais ˆ reconna”tre que leur cohŽrence nÕappartient quÕˆ vous au travers des fondamentaux de votre thŽorie qui sont la justification de toutes ces propositions.

 

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Dans la seconde partie de cette Lettre ouverte je reviendrai sur le fond de ce qui fonde ThŽorie Communiste comme la thŽorie naturelle ˆ lÕŽpoque et sur ce qui fait que vous ne pouvez agir diffŽremment du point de vue de votre pratique thŽorique. Pour cela, jÕanalyserai notamment Ë propos de la thŽorie, republiŽ dans ce numŽro dŽcisif comme on lÕa vu (¤ 7), quÕest le n. 14 de ThŽorie communiste de dŽcembre 1997. Une analyse, donc, toujours comme une Ç lecture interne È qui suppose nŽcessairement un moment o� lÕon sÕapproprie le corpus tŽcŽien, pour autant quÕon le consid�re ainsi que vous le faites vousÐm�me, comme Ç partie intŽgrante, nŽcessaire et active de ce cycle È, autrement dit que lÕon consid�re votre production thŽorique comme Ç un ŽlŽment rŽel de ce cycle de luttes È (n. 14, p. 9 ; je souligne). Une Ç rŽalitŽ È qui, en consŽquence, place cette lecture auÐdelˆ de toute mŽtathŽorie (remarque 2 au ¤ 11).

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P.S. (27 novembre). De retour ˆ Marseille, je viens de trouver sur le site de la revue lÕannonce dÕune prochaine rŽunion de Meeting : Ç Dans le cadre de la fabrication de Meeting n¡3, un dŽbat/rŽunion aura lieu fin janvier/dŽbut fŽvrier (É). Cette rŽunion a pour objet la discussion du texte LÕauto-organisation est le premier acte de la rŽvolution, la suite sÕeffectue contre elle . È Dans les termes, cette annonce confirme lÕessentiel de ce que lÕon vient de lire du point de vue de votre pratique thŽorique, cÕestЈ-dire lÕindŽtermination du collectif et de la rŽunion ˆ laquelle vous appelez, entre la Ç fabrication È du numŽro 3 de la revue (assemblŽe rŽdactionnelle) et le Ç dŽbat È autour de lÕun de vos textes (rŽunion Ç publique È). Donc une indŽtermination de lÕactivitŽ du collectif qui ne fait sens que du point de vue de votre propre pratique thŽorique.Et ce nÕest pas la ÒprŽcisionÓ selon laquelle Ç Le groupe qui fait Meeting nÕest que la rŽunion de ceux qui y participent È qui contredit cette indŽtermination Ð cÕest le Ç on verra È dont jÕai parlŽ plus haut (¤ 9).

lamaterielle@tiscali.fr



[1] NumŽro 14, dŽcembre 1997, p. 9.