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Lettre ouverte ą Théorie communiste

 

 

Sur votre pratique théorique en général et en particulier dans le cas de Meeting

 

C. Charrier

Marseille, octobre 2005

 

« Il faut considérer pratiquement la théorie.»

Théorie Communiste[1]

 

Préambule

 

Je partage évidemment l’analyse que vous faites dans votre Pour Meeting de début octobre de l’« affaire parisienne » du mois d’aoět, ainsi que les prolongements que vous lui donnez ą propos de la crise latente que subit Meeting. Pour autant, et ceci mźme si je n’ai rien contre les propositions, en elles–mźmes, que vous faites pour sortir de cette crise (dans la mesure oĚ elles reviennent au final ą ce qu’était censé źtre Meeting), votre plaidoyer pro Meeting n’entame pas ma décision de quitter le navire. La question ą mes yeux centrale : la confusion des genres sur la nature du collectif et en conséquence sur ce qu’est la revue (c’est déją la question qui a coulé le premier projet de revue envisagé par Senonvero – j’y reviens) n’y est pas abordée sinon sous la forme de la dénonciation de Meeting comme organe du courant communisateur, une dénonciation que je partage, mais qui ne dit rien sur ce que Meeting pourrait źtre d’autre, dans la mesure oĚ vos propositions n’engagent ą rien de ce point de vue.

Ce que vous dites dans Pour Meeting confirme exactement ce que j’écrivais dans mon Communisation… point d’orgue en avril dernier, et le rend plus que jamais actuel, sauf que vous źtes les seuls ą vous en źtre rendu compte. Cependant personne ne semble savoir ce qu’est un « point d’orgue » : c’est un temps d’arrźt qui suspend la mesure sur une note dont la durée peut źtre prolongée ą volonté… La mesure c’est bien sěr la communisation, la note c’est ce que nous savons d’elle, le temps d’arrźt et certes ad libitum mais il vise ą ne pas faire de la communisation une « vente promotionnelle » comme je dis, ou un « label » comme vous l’écrivez. Pourtant les choses sont allées fortissimo… comme par un effet d’aspiration, ą commencer chez vous–mźmes dans la mesure oĚ vous signez pas moins de 4 articles sur 10 dans le premier numéro et 6 sur 13 dans le second… Donc soit nous n’avons pas le mźme sentiment de la durée, soit nous ne parlons pas de la mźme chose.

Au final je ne crois pas que votre Pour Meeting permette de dépasser les réserves que j’ai pu émettre dans mon point d’orgue. Peut–źtre cela équivaut–il ą « replier les voiles au premier grain », comme vous dites. En ce qui vous concerne vous écrivez : « “On verra”. Évidemment “on verra” ! Mais il est possible de tenter de produire ce que l’on veut voir et ne pas ramasser ses billes au nom de sa belle Čme. » (§ 18). Parfaitement d’accord, évidemment on verra… sauf que cela suppose que l’on soit d’accord sur ce que l’on « veut voir », premiŹrement. DeuxiŹmement, cela suppose que Meeting soit, malgré tout, le cadre adéquat de cet accord et, au–delą qu’un accord soit nécessaire… Autant de suppositions que je n’ai pas besoin de faire miennes dans mon activité théorique. Pour le dire crěment : je n’ai pas besoin de Meeting pour publier ma théorie dans la mesure oĚ, comme vous dites, la Matérielle, a une « existence autre » (§ 7). Objectivement c’est également votre cas, mais jusqu’ą quel point ? Et pourquoi vous acharnez vous ą défendre ainsi l’existence de Meeting ? C’est ce que j’essaye de comprendre dans les lignes qui suivent. Un essai qui, quoi qu’il en soit de sa pertinence, me semble utile ą l‘avenir de la théorie de la révolution qui, pour ma part, me paraĒt plus relever d’une multiplication de foyers théoriques indépendants – dont Meeting pourrait tout aussi bien rendre compte –, comme des « concentrations » théoriques qui n’interdisent pas les scissions ultérieures, etc., plutôt que d’une « centralisation » qui n’augmenterait pas en elle–mźme la production théorique totale, ce vers quoi vous me paraissez tendre. En tout cas un essai de compréhension de l’actuel, et en l’occurrence de votre actuel, plus utile qu’un essai désespéré pour tenter de sauver ce qui peut l’źtre encore.

L’objet de ma Lettre est donc votre pratique théorique, ce « vocable pompeux » (Denis, Christian exagŹre, § 5) qui, quoi qu’il en soit de sa pompe, est difficile ą aborder d’un point de vue théorique forcément abstrait (d’autant plus que nous n’en avons pas l’habitude) – mais peut–źtre est–ce pour cela, pour ne pas y źtre confronté, qu’on le qualifie ainsi.

Pour conclure ce rapide préambule, il faut parler de Senonevero. Comme pour Meeting, le collectif, dans sa premiŹre forme, a fini par rencontrer ses limites et l’on a souvent parlé de « crise », laquelle s’est dans la plupart des cas exprimée ą travers le clivage qui existait entre ceux qui écrivaient les livres et ceux qui les fabriquaient – lequel se manifestait d’autant plus violemment que nous ne publions alors que des textes issus du sérail. Cependant cette crise latente avait un sens plus profond que celui fonctionnel ą travers lequel elle se donnait ą voir dans la mesure oĚ elle portait (déją) sur la tČche du collectif entre édition ou production théorique. Une difficulté que nous n’avons pas su résoudre. Passons sur le déroulé de l’échec du premier projet de revue pour n’en conserver ici que l’objet de la polémique qu’il a occasionné. Les choses se sont focalisées sur le fait de savoir si la revue devait źtre prise en charge par un comité de rédaction ou par une assemblée rédactionnelle. Au final c’est cette derniŹre option qui l’emporta. On a pu dire ą l’époque qu’il s’agissait lą d’une fausse question qui laissait dans l’ombre le contenu de la revue : je ne l’ai jamais cru et je le crois moins encore aujourd’hui au vu de ce qui se passe dans Meeting avec une assemblée rédactionnelle qui fonctionne comme un mauvais comité de rédaction qui fonctionne comme une mauvaise assemblée. Et pour avoir la chŹvre et le chou, on se retrouve ni avec l’une ni avec l’autre. Les questions d’organisation ou de forme ne sont jamais neutres tant il est vrai que ce ne sont jamais que celles de la « forme de mouvement » dans laquelle les contradictions du contenu peuvent ou ne peuvent pas se mouvoir. Elles sont donc toujours présupposées par autre chose qu’elles–mźmes, ą commencer par la conception que l’on a de l‘activité théorique et de la pratique que suppose cette conception.

AprŹs ce premier échec, donc, parmi divers avatars des contradictions de Senonevero (crise des « italiens » avec Mouvement communiste, départ de Lola, « affaire DB » et départ consécutif de Denis) il y a eu Meeting. Aujourd’hui la donne paraĒt avoir changé pour le collectif Senonevero qui peut se concentrer sans états d’Čme sur son travail d’édition… Or je constate que ses anciens démons (éditer de la théorie ou en faire ; collectif d’édition ou groupe théorique) on été exporté dans Meeting – avec toutefois des formes spécifiques comme vous l’exposez dans votre texte. Vous comprendrez donc mon insistance ą ne pas « laisser gČcher », comme vous dites, Senonevero par Meeting et ses difficultés, en retour ; Senonevero qui demeure pour moi une « excellente initiative » qui en l’état actuel des choses me paraĒt correspondre ą ce que peut źtre une pratique théorique adéquate ą l’époque. Vous comprendrez également qu’il ne me paraisse pas opportun de discuter des contradictions de Meeting dans un cadre qui ne vit que de ces contradictions… mźme si c’est dans le but « de transformer Meeting en ce qu’il aurait dě toujours źtre » (§ 12) – un « retour vers le futur » qui ne laisse pas d’étonner sous votre plume habituellement peu encline ą considérer qu’il existe des erreurs « de circonstances » susceptibles d’źtre corrigées… De toutes faćons, je crains fort que votre programme de retour ą l’original soit inapplicable ; non parce qu’il est mauvais ou incomplet : on pourrait l’enrichir de nouvelles mesures que cela ne changerait pas grand chose sur le fond. Il est inapplicable parce que vous ne trouverez personne pour l’appliquer. Et vous ne trouverez personne pour l’appliquer parce qu’il suppose une « volonté théorique » que vous seuls possédez dans votre « théorie de l’écart » qui fonde votre critique de l’auto–organisation comme autonomie, laquelle sous–tend la plupart de vos propositions de réforme. Dans ces conditions, sauf ą renouveler radicalement le « personnel » de Meeting, vous źtes seuls ą źtes en mesure de mettre ce programme en Ōuvre… mais alors Meeting ne serait plus Meeting et vous pourriez tout aussi bien publier une version plus « courante » de Théorie communiste. Je peux me tromper. De toutes faćon, tout en proposant de revenir ą l’original, il faudrait se demander pourquoi on ne s’y est pas tenu…

 

*

PremiŹre partie : Meeting et vous

 

1. La question principale est la suivante : Quelle pratique théorique réclame le cours actuel de la production capitaliste et de la société qu’elle constitue comme lutte de classes ?

La question subsidiaire est : le collectif d’édition de la revue Meeting, peut–il źtre le lieu de cette pratique théorique, et dans quelle mesure ?

 

2. Sur cette derniŹre question votre réponse ne laisse aucun doute : Meeting demeure pour vous une « excellente initiative » qui correspond en outre ą un « besoin théorique actuel » (§1), Meeting « a de l’avenir », le projet « intéresse beaucoup de monde » et vous ne le laisserez pas « gČcher » (§10). Pourtant, ą vous lire, il apparaĒt que Meeting vous pose des problŹmes – des problŹmes de « communication », comme on dirait aujourd’hui : c’est Roland qui, ą Poznan, s’est retrouvé dans la situation désagréable de devoir éluder les questions sur son fonctionnement et d’éviter la moindre proposition de participation (§2) ; plus généralement vous vous demandez comment proposer ą des gens « simples » et « sérieux » un quelconque échange de participation dans un tel cadre (§2) et, pour finir, vous témoignez qu’il vous est de plus en plus « insupportable » de vous défiler quand des personnes susceptibles d’y participer vous parlent de Meeting (§22).

Si tel est effectivement le cas, je comprends que cette situation ne soit pas tenable ą terme, et si j’étais ą votre place je réagirai exactement comme vous : comment concilier une chose que l’on juge excellente, tout ą fait adaptée ą des besoins et dont, simultanément, on ne peut pas parler ? La différence entre vous et moi, c’est que, précisément, je ne suis pas ą votre place. C’est pour cette raison que dans les lignes qui suivent je ne vais pas me livrer ą une critique de votre position mais que je vais essayer au contraire de la comprendre dans la cohérence de sa logique. Ce qui appelle une troisiŹme question : qu’est–ce qui vous met ainsi dans l’embarras ? Est–ce vraiment l’« état actuel » de Meeting, comme vous le dites, ou votre propre rapport ą la chose ?

Évidemment, cette faćon de poser la question induit tout de suite ma réponse. En effet, s’il s’agissait simplement de répondre ą des questions touchant le fonctionnement de la revue, comme vous le mettez en avant, je ne vois pas oĚ est le problŹme dans la mesure oĚ celui–ci est děment exposé  en quatriŹme de couverture, encadré par l’Invite et qu’il prend forme dans l’assemblée rédactionnelle… Cela suffit, me semble–t–il, ą qui veut participer ą Meeting ; en outre il y a le site entre temps. Certains, ą commencer par Calvaire, n’ont pas eu besoin de plus d’informations pour entrer dans ce fonctionnement, mais aussi Maxime et Le Niveleur du Cercle de discussion de Paris, Patlotch et Simpson. Et il y a aussi le forum de discussion qui parle de lui–mźme.

 

3. Pour revenir ą l’insatisfaction que vous éprouvez ą l’égard de Meeting, en le disant sans fard, ą votre image, et en espérant comme vous que mes propos ne seront pas pris de travers, il me semble que le problŹme que vous avez avec Meeting ne tient pas tant ą la chose elle–mźme qu’ą la vision que vous en avez, donc ą vous–mźme. Je m’explique.

 

Dans mon cas, l’insatisfaction que j’ai éprouvée par rapport ą Meeting, tient au fait que la revue ne remplit pas le rôle qui devrait źtre le sien ą mes yeux qui est de rendre compte de l’activité théorique actuelle (qu’elle parle explicitement ou non de « communisation » et mźme si elle s’en éloigne) et autant que possible, compte tenu de nos capacités de traduction, d’en rendre compte d’un point de vue international, non par goět des voyages ou pour promouvoir une « théorie internationale », comme je l’ai expliqué dans la présentation du texte de Caffentzis (Incommensurable valeur ?, dans la PB de la Matérielle), mais pour sortir de la problématique de la « théorie franćaise » (de l’idéologie franćaise ?) telle qu’elle existe depuis 1968. Au contraire, tout un chacun s’est mis ą écrire POUR Meeting – ce qui n’est pas pareil que pro Meeting dans la mesure oĚ cela revient ą un pro domo – au détriment du travail purement éditorial de « veille théorique ». Pour ma part je n’ai écrit qu’un seul article spécifique, et encore j’ai attendu le numéro 2 pour le faire. Mon insatisfaction ą l’égard de Meeting, ne tient pas au fait que l’on ait pas endossé la problématique de la Matérielle telle que je la présente dans le texte en question : celui–ci présente cette problématique et les axes de recherche qu’elle suppose, mais cela ne signifie aucunement que c’est dans Meeting que j’aurais poursuivi et développer cette problématique. ň la limite, ce n’est pas ą moi de choisir les textes de la Matérielle susceptibles d’źtre publiés dans la revue et donc d’en évaluer la pertinence générale ; ce qui est une autre maniŹre, corollaire, de dire qu’ą mes yeux on n’écrit pas pour Meeting, en tout cas pas systématiquement. A contrario, c’est moi qui décide de publier dans ma « Petite BibliothŹque » l’extrait de votre débat avec Aufheben sur la périodisation du mode de production capitaliste, cela du point de vue de ma problématique, bien sěr, mais aussi parce que je considŹre que ce texte a un intérźt intrinsŹque pour la théorie en général. Il en va de mźme lorsque je décide de traduire la réponse d’Aufheben (c’est en cours) au texte de Goldner sur la classe ouvriŹre américaine, par exemple.

Il y a cependant un énorme présupposé ą tout cela : c’est que je considŹre que ces travaux de traduction ou de réédition sont aussi importants que ma propre production théorique, aussi utiles du point de vue de la théorie en général – ce qui est une réponse ą la question que je pose en ouverture de cette Lettre sur la nature d’une pratique théorique adéquat ą l’époque actuelle. Or il ne me paraĒt pas que telle soit votre faćon des percevoir la chose, sans pour autant que ce soit un choix délibéré de votre part. Et c’est lą le plus important.

 

4. Si je dis en effet que l’essentiel de votre insatisfaction ą l’égard de Meeting tient ą vous–mźmes et non ą la réalité actuelle de Meeting – mźme si c’est ą l’usage de la chose que cette insatisfaction a pris corps –, c’est parce qu’il tient ą la vision que vous vous en faite ą partir du moment oĚ vous ne pouvez faire autrement que considérer votre théorie de la révolution comme LA théorie naturelle de l’époque, ou mieux : comme la théorie naturelle ň l’époque – dans la mesure oĚ la premiŹre formule suppose encore une distance entre les deux qui n’existe pas chez vous –, ce qui n’a rien ą voir avec le sentiment légitime de n’importe quel théoricien un peu sérieux d’avoir raison, pas plus que cela ne supprime les doutes que chacun peut avoir sur son propre travail, et ce qui n’est pas non plus la marque d’un ego démesuré ou d’une ambition dévorante. J’ai bien dit : vous ne pouvez pas faire autrement, objectivement vous źtes contraint de considérer ainsi votre théorie.

 

ň ce propos j’espŹre que vous ne prenez pas au sérieux la Phénoménologie de Théorie Communiste ą laquelle Franćois réduit sa présentation des textes de Rupture dans la théorie de la révolution (autant dommageable pour le collectif Senonevero en ce qu’il l’embarque dans la lettre de son propos, que – ą mon avis –, pour vous) lorsqu’il écrit : « il s’agit aussi et surtout de montrer [au travers de l’anthologie. N.d.A.] en quoi la critique de ces analyses fonde la théorie de la nouvelle époque, ouverte aux alentours de 1975 par la restructuration qui s’achŹve aux alentours de 1995 » (p. 7 ; je souligne) et qu’il fait de chacun des textes présentés autant de moments de l’advenir de Théorie communiste.

 

5. Pour le dire sans circonvolutions, je pense que le problŹme que vous avez ą l’égard de Meeting, n’est pas tant d’exposer son fonctionnement, ou plus généralement ce qu’est Meeting,  que de parler de Théorie Communiste dans le cadre de Meeting, ou de situer Théorie Communiste par rapport ą Meeting et vice versa… si tant est que c’est une chose de dire que « Meeting a de l’avenir » (si vous le dites…) et que « le projet qui le sous–tend intéresse beaucoup de monde » (je n’ai pas de raisons de penser que vous mentez… si c’est vous qui le dites) et que ća en est une autre de dire que Théorie Communiste a de l’avenir et que sa problématique intéresse beaucoup de monde, ce dont je ne doute pas une seconde. Pourtant il me paraĒt évident que c’est cela que vous dites et que simultanément vous ne pouvez pas dire, sauf ą identifier Meeting et Théorie Communiste, ce que je ne vous suspecte pas de vouloir faire car, ne serait–ce que de votre point de vue, vous ne pouvez pas le faire dans la mesure oĚ dans ce cas Meeting n’aurait plus aucun intérźt pour vous. Mais, dans le mźme temps, vous ne pouvez pas plus subordonner Théorie Communiste ą Meeting… Voilą la contradiction (apparente) dans laquelle vous vous débattez. Je dis apparente parce que je voudrais montrer ici qu’au contraire cela est le signe de la cohérence de votre pratique théorique ; ce qui ne supprime pas pour autant les difficultés de mise en Ōuvre de celle–ci.

Que je sache, Roland n’est pas allé ą Poznan en tant qu’envoyé de Meeting ! Il n’y est pas allé sur la base de la critique de l’Appel rédigé par Denis, ni sur celle de l’article de Joachim, mais sur vos propres positions – ce qui est normal, lą n’est pas la question. La question c’est que vous ne savez pas comment coiffer votre double casquette.

Il n’en va pas de mźme lorsque vous faites des propositions pour sortir Meeting de sa crise latente : c’est ą partir de votre propre problématique, mźme si c’est de faćon plus discrŹte (vous ne parlez pas de votre « théorie de l’écart » et vous vous contentez d’évoquer la crise du discours sur l’« autonomie »). Je vous entends déją : sur quelles bases autres que les nôtres voudrais–tu que nous fassions des propositions ? Bien sěr… de votre point de vue il ne peux pas y avoir d’autre solution. Il n’empźche que c’est lą la mesure de votre insatisfaction par rapport ą Meeting. L’essentiel de vos difficultés et ce qui vous « insupporte », ce n’est pas comme vous le dites « d’avoir ą [vous] défiler quand [vous] parlez de Meeting et d’éluder les questions quand des personnes [vous] en parlent », je pense que c’est surtout de ne pas savoir comment « faire » votre théorie dans Meeting — et au sein du collectif plus que dans le revue – et donc de ne pas savoir comment en parler (et ce n’est donc un problŹme de « communication » que dans la forme), alors que simultanément, parce que vous ne pouvez considérer votre théorie autrement que comme naturelle ą l’époque vous ne pouvez pas ne pas la faire aussi dans Meeting – alors que je considŹre pour ma part, comme je viens de le dire, que Meeting n’est pas lą pour que l’on vienne y faire sa théorie sauf ą ne pas se donner « une existence autre », ce que vous dénoncez par ailleurs ą juste titre comme la cause de quelques uns des maux qui frappent le collectif (§ 7).

 

Comprenez moi bien : je ne suis pas en train de vous faire un procŹs d’intention, ou de dire que vous źtes des menteurs ou des hypocrites en ne disant pas ce que vous pensez vraiment, et encore moins de critiquer votre position : je cherche au contraire ą comprendre le sens de cette position au–delą de son énoncé immédiat, dans sa cohérence interne comme cohérence de votre pratique théorique – sinon je pourrais tout aussi bien faire des difficultés que vous exposez des contradictions et les dénoncer comme telles, mais ą quoi ća servirait ? En revanche, la maniŹre dont j’opŹre en lisant votre texte, comme une critique interne (un peu « symptomale », je vous l’accorde !), me paraĒt plus utile, positivement ; en tout cas elle l’est pour moi et peut–źtre le sera–t–elle pour d’autres. Et que l’on ne vienne pas me dire que je veux ainsi me « donner l’image du théoricien docte et au–dessus de la mźlée » (Denis, Christian exagŹre, § 8) : si on avait pris la peine de prendre un peu de hauteur dans nos discussions passées pour essayer de comprendre le « qui du quoi » au lieu de nous réfugier dans le non–dit de « compromis historiques » aussi boiteux qu’inutiles (et j’y ai participé activement, mea culpa, mea maxima culpa) et, pour tout dire, politiques, c’est–ą–dire afin de préserver l’« intérźt supérieur » de Meeting, nous n’en serions pas lą.

 

6. Lorsque je dis que vous ne pouvez faire autrement que considérer votre théorie comme la théorie naturelle ą l’époque, ća veux dire que je ne parle pas d’un choix que vous pourriez faire ou ne pas faire, ou d’une politique, je parle d’un fait d’existence du corpus técéien et non d’un fait idéel comme Franćois dans sa phénoménologie de Théorie communiste. Je parle donc d’une Existence comme une qualité inhérente ą votre systŹme théorique (et de cette systématicité comme attribut), une qualité que ne possŹde nul autre corpus actuel (sauf peut–źtre Invariance, et l’Internationale Situationniste, mais sur la base d’une autre construction) et qui ne se mesure pas en nombre de numéros publiés ou en « ancienneté » – aux « quartiers de noblesse théorique » comme vous dites (§ 17). Cette Existence transcende ou « transvalue » tous les moments logiques de votre corpus et renvoie ą ce que j’appelle votre vision panthéorique du monde (la Matérielle n. 15, note 2). L’Existence dont je parle n’est pas une existence mystique : Théorie communiste n’est pas la théorie incarnée, mais l’effectivité de la théorie telle que vous la concevez et la pratiquez comme faisant « partie intégrante et nécessaire de ce cycle de lutte », ce que résume parfaitement votre formule selon laquelle les luttes sont théoriciennes, et la distinction que vous établissez (non sans subordonner le premier terme au second) entre la théorie « au sens restreint », comme activité d’abstraction, et la théorie comme détermination du prolétariat dans son existence contradictoire au capital.

Cette Existence est ą la fois votre force et votre faiblesse dans la mesure oĚ elle s’impose ą vous tout autant qu’aux autres. Dans ce dernier cas elle produit la difficulté ą se confronter directement avec vous et parfois votre rejet, non pas forcément ą cause de ce que vous dites mais de ce qu’Est votre théorie et de la maniŹre dont ce qu’elle Est vous le fait dire, de ce que vous représentez, ce qui ne manque pas de desservir votre propos. Dans le premier cas elle peut vous amener sur des terrains glissants, au risque de vous faire « embarquer » (au sens marseillais !) comme cela a été le cas avec le démocratisme radical, comme vous l’avez vous–mźme finalement reconnu : « Dans TC 13, l’affirmation de nos positions a revźtu la forme inadéquate d’un échange direct engagé avec ň contre courant en général et A. Bihr en particulier. L’échange direct a parasité le contenu essentiel de ce que nous avons dit… » (Éditorial du n. 14, décembre 1997, p. 7). Soit on refuse de vous comprendre, soit vous passez ą côté de ce que vous aviez ą dire, dans les deux cas vous n’źtes pas compris : « les positions que nous défendons ont une grande difficulté ą źtre reconnues pour ce qu’elles sont… » (n. 17, septembre 2001, p. 16) ; « On voit la difficulté qu’il y a ą exposer nos analyses que nous situons au–delą du programme… » (ibid. p. 17) ; « On reproche sans cesse aux “gens de TC” d’źtre mécanistes, de poser la révolution comme inéluctable, ća nous agace car manifestement la critique d’objectivisme passe complŹtement ą côté de ce que nous disons. » (ibid., p. 120).

Vous avez parfaitement raison, sauf que ce n’est pas un problŹme lexical ou de lecture, ni mźme une question de contenu ; plus généralement ce n’est pas un problŹme de « compréhension » mais de « partage ». Quoi qu’il en soit, il n’empźche qu’avec ce numéro 13 (février 1997), l’Existence du corpus técéien sort du « sommeil théorique » qui a été le sien ą partir de la seconde moitié des années quatre-vingt (précisément aprŹs la « SynthŹse » du numéro 6 de mai 1985), pour se réveiller, en gros, aprŹs 1995.

 

7. De ce point de vue, ce n’est pas un hasard si c’est dans ce mźme numéro 14 (celui dans lequel vous critiquez le fait de votre polémique directe avec Bihr) que vous affirmez qu’« il faut considérer pratiquement la théorie » (p. 9 ; je souligne). Vous ne développez pas ce thŹme pour lui–mźme théoriquement, vous faites mieux : vous dites comment c’est quand on considŹre pratiquement la théorie en mettant directement cette affirmation avec votre « propre espace d’existence publique, lą oĚ nous pouvons źtre écouté et oĚ nous cherchons ą l’źtre » (p. 8 ; je souligne) – ici vous définissez cet espace comme étant la marge du démocratisme radical dans son instabilité. Ce qui suit n’est pas moins intéressant. Vous dites en effet que s’il arrive que vous soyez écoutés, voire mźme dans le cas oĚ vos « critiques, [vos] positions [peuvent] źtre activement comprises, intégrées » « cela n’est pas indifférent ą sa [votre théorie] propre élaboration » (p. 9, je souligne), et surtout vous concluez en disant que dans le cas oĚ cela advient « ce ne sont pas lą des “victoires de notre théorie”, mais simplement le cours de son existence mźme » (Ibid. ; je souligne).

 

8. Tous les éléments que vous mettez en place dans ces quelques lignes décisives ą la compréhension de votre pratique théorique comme cours de l’Existence concrŹte du corpus técéien, sont définitoires de celle–ci. Il faut bien voir, sinon on ne comprend rien ą votre pratique théorique et on se méprend sur ses finalités – et a fortiori sur le sens de votre plaidoyer pro Meeting qui se trouve alors réduit ą une collection de recettes disparates, lorsqu’elles n’apparaissent pas contradictoires entre elles –, il faut bien voir que cet espace l’Existence de votre théorie le possŹde de fait comme son espace naturel, au sens oĚ j’ai dit plus haut que vous considérez celle–ci comme naturelle ą l’époque, sans quoi cette existence serait un simple mysticisme. Comme espace naturel, ce n’est pas quelque chose qui pré–existe et que vous chercheriez ą conquérir ou ą suborner, comme des envahisseurs ou des manipulateurs, ou plus trivialement comme des fouteurs de merde chez vos concurrents. Ce n’est pas pour autant un no man’s land : vos critiques, vos positions doivent pouvoir y źtre activement comprises et intégrées, compréhension active et intégration qui ne sont pas de l’ordre de l’adhésion ą une doctrine elle–mźme pré–existante puisqu’elles participent de l’élaboration de votre propre théorie… Bref, il n’y a pas d’un côté un espace ą occuper et de l’autre une Existence métaphysique ou mystique toute prźte ą le faire. Ensuite, que cet espace puisse źtre « public » n’est que circonstanciel (je reviens aprŹs sur ce qui le constitue).

 

9. Mais ce qui est ą mon sens le plus significatif est indubitablement le fait que ce qui reproduit cette Existence, c’est–ą–dire le fait que vous puissiez źtre activement compris, ne soit pas perću comme une « victoire » de votre théorie. Au premier abord cela peut paraĒtre surprenant. En fait c’est parfaitement logique dans la mesure oĚ s’il s’agĒt simplement d’une victoire cela voudrait simplement dire que vous avez raison contre vos contradicteurs, ce qui maintiendrait un rapport d’extériorité entre vous et ferait de votre théorie une théorie singuliŹre ą l’égal des autres, alors que c’est un rapport d’Existence, l’existence mźme de votre théorie comme pratique qui ne peut connaĒtre la victoire (comme d’ailleurs la défaite) sans se nier comme telle.

 

Ceci explique le caractŹre ravageur des critiques que vous exercez qui ne laissent rien débout aprŹs votre passage. Cela est vrai de la critique que vous avez pu faire de la Matérielle, comme de celle de Trop loin dans votre numéro 19, par exemple. Vous allez me dire que ce n’est pas le cas de votre réponse aux critiques qui vous sont adressées par Aufheben. C’est exact, toutefois la prise en compte de celles–ci ne vous empźche pas de botter en touche ą la fin du match (comme je le fait remarquer dans l’introduction ą la réédition de la partie de votre échange qui concerne la périodisation du mode de production capitaliste), pour revenir en–dećą des critiques qui vous sont adressées. « Finalement, admettons que j’accepte toutes vos critiques sur l’utilisation que nous faisons du concept de subsomption réelle et que nous abandonnions, pour la période qui s’est ouverte, l’appellation de “seconde phase de la subsomption réelle”, cela changerait beaucoup de choses, mais pas l’essentiel au contenu mźme de ce que nous disons : il y a eu restructuration du rapport d’exploitation, de la contradiction entre le prolétariat et le capital. C’est lą l’essentiel, c’est de cela dont il faut discuter » (p. 12 dans mon édition). Encore une fois, il serait inadéquat de voir un défaut dans cette faćon de faire, dans la mesure oĚ cet en–dećą vers lequel vous vous retournez n’est rien d’autre que l’Existence de votre corpus théorique pour laquelle la critique n’existe pas plus que la victoire et pour des motifs identiques. Donc, quand je dis n’« existe pas », ća ne veut pas dire que vous la refusez, mais que, ą un moment ou ą un autre, selon la nature des critiques qui vous sont faites, vous ne pouvez pas faire autrement que revenir sur le plan de votre Existence. Il en va de mźme lorsque Roland conclut ainsi son texte sur l’inéluctabilité de la révolution : « La révolution et le communisme sont inéluctables en tant que lutte de classes, donc en tant qu’activités, pratiques. La question du possibiliste sur la nécessité de son action n’a aucun sens ; mais la question de l’inéluctabilité sur la garantie de son action, sur ce qui la contraint, non plus. C’est la lutte des classes qui est inéluctable et cela nous suffit. » (n. 17, p. 131 ; je souligne). ň l’époque j’avais noté en marge : « TC se retranche dans son bastion », ce n’était pas totalement faux, mais c’était encore faire lą une critique de l’extérieur sans chercher ą comprendre la cohérence interne du propos. Ce que j’essaye de faire ici, au–delą de tel ou tel paradoxe apparent afin de ne pas en faire des contradictions.

 

10. ň partir de lą, il faut reformuler ma seconde question initiale : « le collectif d’édition de la revue Meeting, peut–il źtre le lieu d’une pratique théorique adéquate au cours actuel du capital et dans quelle mesure ? », en celle–ci : Dans quelle mesure le collectif Meeting peut–il źtre votre espace d’existence publique lą oĚ vous pouvez źtre écoutés et oĚ vous cherchez ą l’źtre ? Telle est la question, et telle est la cause principale de votre insatisfaction ą l’égard de Meeting, selon moi. Une situation d’autant plus insupportable que vous n’źtes pas en mesure d’énoncer une réponse claire… par rapport ą ce que vous posez comme un élargissement possible de votre espace d’existence publique, et vous n’źtes pas en mesure de la faire parce que si Meeting devenait effectivement l’espace d’existence de Théorie communiste, il risquerait tout aussi bien de n’źtre ą terme plus que cela, et donc il ne serait  plus Meeting, donc vous perdriez votre espace d’existence, etc. Il n’empźche que vous źtes en mźme temps contraint de le défendre mordicus…

 

11. A contrario, Franćois se trompe lorsqu’il épingle B. Lyon sur sa « promotion de la rencontre » en y voyant le fait de « “fondamentalistes” restés longtemps trŹs isolés » et « désireux de ne pas perdre les quelques contacts qu’ils ont développés avec des camarades mieux insérés dans le milieu que ces derniers, de ne pas perdre la stimulation permanente d’une théorie qui tient la route » ; et il se trompe encore lorsqu’il conclut : « la tentation est donc trŹs forte – et B. Lyon y succombe – de chercher dans une fantasmatique ouverture ą tout ce qui résiste la solution ą la crise continu du collectif » (Meeting n. 2, Un « Meeting Permanent » ! Sans Blague ?, § 20 ; je souligne).

Cette interprétation est d’autant plus intéressante qu’elle est celle de quelqu’un qui, comme vous l’attendez, a intégré votre théorie : « Dans cette présentation, je me servirai des concepts élaborés par la revue Théorie communiste. » (Rupture…, p.7) – Mais peut–on se « servir » de vos concepts de maniŹre fonctionnelle sans tomber dans le travers qui consiste ą « affirmer des dogmes sans les penser », comme le dit le message que j’ai cité plus haut ? Et dans ce cas s’agit–il d’une intégration correcte ? N’est–ce pas une simple imitation ? Malgré son adhésion revendiquée ą votre théorie, Franćois se trompe complŹtement sur le sens de votre pratique théorique en ne comprenant pas comment celle–ci est un fait de l’Existence de votre corpus. D’abord il se trompe en hypostasiant votre espace d’existence comme « milieu de tout ce qui résiste » ; non pas parce que celui–ci n’existe pas mais parce que ce n’est pas comme cela que celui–ci existe pour vous (pour les raisons que l’on vient de voir). En conséquence il se trompe également en voyant votre rapport ą cet espace comme une « ouverture » ą quelque chose d’autre que vous–mźme (sinon il n’y a pas d’ouverture qui tienne) ; pour vous y « insérer » (on ne s’insŹre pas ą soi–mźme) ; pour ne pas perdre les « contacts » que vous avez (on n’est pas n contact avec soi–mźme) ; pour ne pas perdre la « stimulation » (on n’est pas un objet de stimulation pour soi–mźme), etc. Et au final il attribue tout cela ą une « théorie qui tient la route », comme si la route existait par devers vous. Il ne voit dans la tension qui caractérise votre l’Existence de votre corpus théorique, comme pratique théorique, qu’une vaine tentative pour sortir de l’« isolement » – ce qui, ą en rester lą, est une contradiction dans les termes : une Existence ne connaĒt pas l’isolement –, de la mźme maniŹre qu’il ne voit dans la « promotion de la rencontre » que de la retape en direction de « tout ce qui résiste » (j’y reviens). Franćois voit de la séparation partout oĚ, chez vous, il y a de l’identité. Franćois confond une théorie qui se conćoit comme naturelle ą son époque avec la « vraie doctrine »– ce qui est cohérent avec sa phénoménologie de l’advenir de Théorie communiste.

 

1. En critiquant votre formule présentant Théorie communiste comme « une théorie qui fait ses preuves », comme s’il s’agissait de promouvoir l’efficacité de ses applications (le fait que vous ayez raisons contre les autres) j’ai commis la mźme erreur dans la mesure oĚ pour que cela ait un sens et ne soit pas une simple autosatisfaction, il faut comprendre : une théorie qui fait la preuve de son Existence comme théorie naturelle ą l’époque, ce qui est radicalement différent.

 

Le résultat de tout cela est que Franćois ne peut pas comprendre votre présence dans Meeting, alors mźme qu’il prétend rejeter le projet sur la base de votre théorie, en ne trouvant pas le « changement théoricien dans le cours des luttes » (Peut–on vraiment parler de « courant communisateur » ?, Meeting n. 1, p. 6, § 7) qui signifierait pour lui l’existence du courant communisateur – c’est ce qui distingue son rejet de Meeting de celui de Trop loin qui ne s’y apparente que formellement dans la mesure oĚ Dauvé et Nésic ont manifestement mieux « compris » Théorie communiste que lui. Ce que Franćois n’a pas compris c’est tout simplement votre théorie de la révolution.

 

2. Est–ce ą dire que je prétends źtre ici en train de « comprendre » votre corpus théorique mieux que ne le fait Franćois ? Certainement pas ! Le théoricien docte au–dessus de la mźlée essaye simplement de « comprendre » activement (ce qui change tout) et d’intégrer votre théorie comme pratique théorique, c’est–ą–dire de se l’approprier en essayant de la concevoir. Certes cela se passe sur la base d’hypothŹses qui me sont propres, mais sans cela s’agirait–il d’autre chose que d’une imitation ? Il ne s’agirait en tout cas pas d’une conception. En ce sens j’analyse votre théorie comme j’ai analysé les luttes de mai–juin 2003 aprŹs la reprise, ou que j’analyserais la grŹve des marins de la SNCM, c’est–ą–dire non pas comme un discours sur la réalité mais comme partie intégrante de celle–ci. Et ce n’est pas de la « métathéorie ».

C’est le moins que l’on puisse faire (si on la prend au sérieux) ą l’égard d’une théorie qui permet d’écrire que « la théorie, en tant que telle, fait partie intégrante , nécessaire et active de ce cycle » (n 14, p 9 – cette thŹse conclue le passage sur vos non–victoires. Je souligne), au mźme titre, donc, que les luttes qui en participent. Ce qu’il faut décrypter ici c’est quelle est LA théorie dont il s’agit, de la vôtre propre ou des autres théories singuliŹres,ou encore de la théorie « en général ». Ma réponse c’est qu’il s’agit de la vôtre. D’abord parce que le contexte ne permet pas de comprendre autre chose lorsque vous parlez de votre espace d’existence publique. Ensuite parce que vous źtes les seuls ą concevoir ainsi la théorie (comme détermination de la contradiction du prolétariat au capital, au–delą de la théorie « au sens restreint » – j’y reviens dans la seconde partie de cette Lettre), ce qui exclut toutes les autres, sauf ą projeter sur elles votre propre conception de la chose, ce qui revient au mźme. Et c’est encore plus vrai si on se réfŹre ą la théorie « en général ». Ce qui autorise ą reformuler votre propos en : « la théorie de Théorie communiste, en tant que telle, fait partie intégrante, nécessaire et active de ce cycle ». Ce qui revint ą dire que votre théorie est la théorie naturelle ą l’époque, et qui m’autorise ą la traiter comme telle au mźme titre que le fait de déverser des fěts de produits chimiques dans une riviŹre, c’est–ą–dire sans faire de « métathéorie ». Et si je pousse au bout mon hypothŹse… ą considérer cette analyse de votre théorie comme faisant partie intégrante de celle–ci.

 

12. Contrairement ą Franćois, Patlotch a pour lui d’avoir suivi les choses de l’intérieur, ce qui lui donne sans doute un avantage qui lui permet d’źtre plus proche de votre vérité pratique lorsqu’il écrit dans sa réponse ą Pour Meeting : « dans votre lettre et vos “ouvertures” pour sortir de la crise de Meeting, le fond et la forme (…) sont admirablement tenus, et pour ainsi dire, de votre point de vue, inséparables. Je perćois cette cohérence par la sortie, avec Meeting, de la clandestinité de Théorie communiste, spécialisée en théorie qui rencontre peu ou prou d’autres formulations théoriques (…). Tout est ą sa place, y compris la sincŹre volonté d’élargissement et de diversification, qui deviennent incontournables, sauf ą crever (…). Je sens bien la nécessité de faire écho ą vos préoccupations, parce que en définitive, je comprends bien que vous n’avez pas le choix. (e.mail du 7 octobre 2005 ; je souligne).

Tout y est. Sortir de la clandestinité ce n’est pas rompre un « isolement », de mźme que sortir d’une « marginalité » sur la base d’un rapport théorique ą l’immédiateté des luttes, comme nous le disions en 1983 (n. 5, p. 6 et 7), parce que cette marginalité est construite par et dans ce rapport théorique comme un Existence. Qu’aujourd’hui la donne ait changé – dans la mesure oĚ vous vous reconnaissez dans certains moments immédiats de la lutte de classes : ceux que vous proposez ą Meeting de « guetter », de « formaliser » et mźme de « promouvoir » (§ 12), – ne bouleverse rien sur le fond de l’Existence de votre corpus. Tout y est, donc, et surtout le fait essentiel de l’Existence de votre théorie qui s’impose autant ą vous–mźmes qu’aux autres comme détermination de votre pratique théorique : « sauf ą crever, vous n’avez pas le choix », pour le dire comme Patlotch ; ce qui dit bien ce que ća veut dire en posant simultanément votre situation actuelle comme insupportable et inévitable. Mais il ne dit pas que cela.

 

13. Patlotch pose un bémol en écrivant : « le problŹme est qu’il n‘en va pas forcément de mźme [en ce qui concerne le caractŹre inséparable de la forme et du fond] pour ceux que vous appelez de vos vŌux ą participer ». Autrement dit, il n’est pas évident que tout le monde possŹde votre cohérence et encore moins la conception pratique de la théorie qui est la vôtre. Pour avancer sur cette question de la réception de votre pratique théorique (et donc de l’avenir de l’Existence de votre théorie) on a la chance d’avoir déją une maniŹre de réponse qui provient de deux participants au Cercle de discussion de Paris (en l’occurrence les deux auteurs de la Lettre ą Meeting publié dans le n. 2, Maxime et le Niveleur) que vous considérez comme de possibles participants au collectif : « Autre raison, enfin, du “papier” de RS [il s’agit du texte Unification du prolétariat et communisation] : le fait qu’il ait été visiblement rédigé ą l’attention spéciale de l’ultra–gauche. On dirait, nous le sentons en tout cas comme ća, que l’animateur de TC renifle aujourd’hui, ą tort ou ą raison, une brise de changement dans nos milieux, d’Aufheben ą Échanges en passant par Mouvement communiste et le Cercle de discussion de Paris (cité nommément). J’imagine que c’est pour aider ce mouvement — dont il pressent la timidité et la fragilité encore grandes (de transgression de la loi de l’“autonomie ouvriŹre”) – que le preux Roland se glisse ą la porte des foyers de discussion de l’ultra–gauche. C’est de bonne guerre. »

Il est intéressant rapprocher ce texte d’une autre réaction (antérieure) également issue du Cercle de discussion de Paris : « Si on peut mesurer la vitalité d’un courant politique révolutionnaire au volume de la littérature qu’il diffuse, il est alors juste de reconnaĒtre que la famille de l’ultra–gauche –au sens large de Gauche communiste, englobant donc les traditions “germano-néerlandaises” et “italiennes”– est aujourd’hui battue de trŹs loin par une mouvance de groupes qui s’affichent volontiers sur la scŹne avec le nom générique de “communisateurs”. Cet ensemble est, en France, composé de cénacles tels Théorie communiste, Hic salta, Trop loin (Karl Nesik) et La Matérielle, auxquels il est légitime d’adjoindre Gilles Dauvé, Les Temps critiques (J. Wajnsztejn et J. Guigou) ainsi que Krisis. Ces groupes inondent le Web et les présentoirs de la librairie ParallŹles (ą Paris) de leurs textes. Parmi ces groupes-revues se dessinent des tendances ą constituer un réseau de discussion. L’entreprise actuelle de Meeting en offre une illustration. (…) » (Ces commentaires sont de Maxime). Voilą ce qui lui est répondu (je n’ai pas gardé trace de l’auteur) : « Il apparaĒt que cette hyper–gauche capte beaucoup la réflexion des jeunes éléments en quźte de théorie révolutionnaire aujourd’hui. Les propositions des communisateurs leur semblent sans doute plus attractives que celles de l’ultra–gauche, surtout celles venant de composantes fossilisées comme le CCI, Battaglia comunista, Programme communiste voire le FOR et le GCI. J’ajouterai ą un autre niveau ICO, RGF, PI et le CdP. : il est certain qu’une initiative comme Meeting rencontre plus d’échos que notre réseau, dont le dynamisme et l’esprit d’entreprise ne sont visiblement pas la caractéristique (malgré la présence parmi nous d’un représentant communisateur en l’espŹce de JW [Temps critiques]). (…) Toujours est-il que la situation sociale que nous fait vivre le capitalisme poussera toujours plus de jeunes dans une prise de parti politique oppositionnel. Au fur et ą mesure que les tensions sociales grandiront le radicalisme des idées s'accentuera. C'est pourquoi je suis d'accord avec toi pour estimer nécessaire d'intervenir dans ces cercles car il existe sans doute en leur sein comme partout une expression issue de la classe des prolétaires entremźlée ą des idées style “middle class”. »

 

14. Au vu de ces différentes réactions je crois que Patlotch n’a pas tort quand il craint que votre cohérence de la forme et du fond, de votre pratique théorique, donc, ne soit pas la chose la mieux partagée du monde. En effet, si Maxime et le Niveleur, dans le premier passage cité, perćoivent correctement votre démarche en direction de l’ultra–gauche sur la base de sa fragilité, de sa timidité ą l’égard de la « loi de l’autonomie ouvriŹre » et de la « brise de changement » qui souffle sur elle, ce n’est que formellement, c’est–ą–dire comme une démarche intentionnelle, destinée ą aider un processus existant par ailleurs ą s’accomplir. Et c’est ainsi qu’ils peuvent y voir une maniŹre d’« entrisme » lorsque Roland « se glisse ą la porte des foyers de discussion de l’ultra–gauche » – avec la réponse du berger ą la bergŹre, sous la plume de l’interlocuteur de Maxime qui « estime nécessaire d’intervenir dans ces cercles », mais cela non pour accompagner un processus existant mais afin de contrer un racket concurrent (qualifié d’« hyper–gauche ») qui risque de « capter » « la réflexion des jeunes éléments en quźte de théorie révolutionnaire aujourd’hui » en les faisant se perdre dans des « idées de style middle class ». Entrisme vis–ą–vis de l’ultra–gauche, donc, d’un côté, et racket sur « les jeunes » en mal de théorie radicale, de l’autre, c’est–ą-dire, dans les deux cas intervention extérieure. Que l’un soit perću de maniŹre plutôt positive, et l’autre rejeté (ce qui est logique entre rackets concurrents), ne change rien ą la donne ; et le fait de conclure par un « c’est de bonne guerre », comme le font Maxime et le Niveleur est significatif de ce rapport de proximité (dont d’extériorité). De mźme lorsque tous s’accordent sur le dynamisme et la vitalité des « communisateurs » comme une « initiative » opposée au « peu d’esprit d’entreprise » du Cercle de discussion.

Or, par définition, des dimensions telles que l’« initiative » ou l’« esprit d’entreprise », ou encore l’intervention en ce qu’elle suppose d’extériorité d’elle–mźme ą son objet, sont totalement étrangŹres ą l’Existence de votre corpus théorique (si c’était le cas cela reviendrait ą une autodestuction). Lorsque B. Lyon écrit : « Le courant communisateur est-il/sera-t-il donc un sujet socialement actif ? Peut-źtre que oui, au sens restrictif oĚ les critiques anticitoyennistes deviennent sensées, par un “débouché historique” intégrant le cours du cycle actuel » (Le courant communisateur sujet politique ?, Meeting n. 2, § 2), c’est, précisément, « le cours du cycle actuel » qui implique la chose et pas une démarche intentionnelle de votre part. Lorsque vous définissez votre « espace d’existence publique », comme on l’a vu plus haut, c’est simultanément ą ce qui fait l’instabilité du démocratisme radical, c’est–ą–dire l’incapacité pour le prolétariat de formaliser la moindre existence « autonome » face au capital — ce qui est une autre maniŹre de parler du cycle de lutte actuel – : « ce qui définit son instabilité (…) définit simultanément notre espace d’existence publique » écrivez–vous, ce qui revient ą dire qu’une identique instabilité, inscrite donc dans le cours actuel des luttes, au point que « de plus en plus les récits [de luttes] des tenants de l’autonomie ne sont plus qu’un aveu de ses impasses » (§ 15), définit simultanément votre pratique théorique comme Existence du corpus técéien. Et c’est en cela que réside votre « admirable » tenue de la forme et du fond, comme dit Patlotch, dans la saisie d’un processus existant qui vous saisit vous–mźme simultanément, et non dans une intentionnalité abstraite.

 

15. Cette méprise sur la nature de votre pratique théorique, ou sa réduction ą une pure intentionnalité, explique que chez le Niveleur et chez Maxime (mais pas, dans une certaine mesure, chez son interlocuteur qui oppose les « fossiles » de l’ultra–gauche aux « jeunes »), le champ théorique qu’est censé recouvrir le « courant communisateur » soit radicalement différent du vôtre quant ą sa nature. Il est en effet avant tout « institutionnel » en ce sens qu’il se situe sur le plan des groupes et des revues : ils citent Aufheben, Échanges et Mouvement communiste, auxquels ils rajoutent dans leur Lettre ą Meeting : Trop loin, Hic Salta et Bruno Astarian, et aussi Temps critiques et Krisis. Des tenants de l’autonomie, donc, aux négateurs de la théorie du prolétariat, en passant par les négationnistes de la valeur–travail… ća fait un sacré éventail ! Certes, dans le numéro 16 de Théorie communiste vous procédiez de la mźme maniŹre, toute aussi généreuse, lorsqu’il s’agissait de présenter le « courant théorique ”communisateur” » en appelant Hic Salta, Aufheben, le G. Dauvé de Quand meurent les insurrections, Franćois avec Catastrophe et Révolution, le groupe espagnol Etcetera, Échanges, Le lundi au soleil, Perspectives Internationalistes et Mouvement communiste ; avec quelques restrictions, toutefois, sur quelques–uns d’entre eux (op. cit., Mai 2000, p. 10). Au détail prŹs des groupes retenus, vous adoptiez donc ą cette époque le mźme point de vue institutionnel que Maxime et le Niveleur. Mais vous parliez alors du « courant théorique communisateur »… Toute différente est l’approche que vous présentez aujourd’hui dans Pour Meeting oĚ vous vous proposez non plus de vous adresser ą des groupes/revues  existants mais « ą des gens “simples” et “ sérieux” » (§ 2). Cette formule est un peu bizarre, mais je suppose qu’elle s’explique par ce que vous dites plus bas ą propos des « quarante quartiers de noblesse théorique » (§ 17), des gens qui sont capables de s’exprimer « sans requérir la mobilisation de tout un arsenal conceptuel » (§ 14) et de dire les choses « briŹvement et comme un compte–rendu objectif de lutte » (§ 12), sinon cela revient ą dire que ces gens sont des nessi.

 

Si tel n’est pas le cas cela ne va pourtant pas sans problŹmes, par exemple lorsque vous reprenez ą votre compte dans Pour Meeting un passage de Patlotch sur « la lutte des classes sans phrases » et que vous notez : « nous laissons de côté le « sans phrase » – rien ne se donne jamais en clair » : si rien ne se donne jamais en clair , cela signifie que pour saisir ce donné il faut requérir tout un arsenal conceptuel… ce que vous venez de mettre de côté. Lorsque Roland écrit dans L’écart, par exemple, cette formule « simple » : « On ne peut plus rien faire en tant qu’ouvrier en le demeurant » (§ 5), ou simplement lorsqu’il emploie des mots du langage courant comme « écart » ou « annonce » ou « insatisfaction » (ą l’égard de l’auto–organisation), vous n’allez pas me dire que ces mots sont lą « comme ća », en toute simplicité et qu’ils ne sont pas le produit de toute une mécanique conceptuelle, ą commencer par le concept de « programmatisme » et tout ce qui s’en suit, jusqu’au prolétariat qui « extranéise son existence de classe comme une contrainte existant dans le capital face ą lui » (L’écart, § 11). En outre, en général, c’est lorsque l’on emploie de tels mots que le bagage conceptuel qu’ils embarquent est le plus lourd (Hegel est un maĒtre du genre).

Comme vous l’avez écrit ą Denis : « Si tout était aussi simple (…) avec une théorie qui ne peut en aucun cas “se trouver extérieure” et qui condense “l’expérience réelle des prolétaires réels ”, nous pourrions envisager demain de faire un quotidien et aprŹs–demain la révolution. » (Théorie communiste n. 7, septembre 2001, p. 139). Je suis d’accord avec vous, mais vous, l’źtes vous encore avec vous–mźme sur ce point ? Ou bien concevez–vous le Meeting de votre plaidoyer comme ce quotidien de demain et la révolution pour aprŹs demain ?

Dans A fair amount of killing, un texte exotérique de Théorie communiste (la Matérielle n. 6, avril 2003) j’ai critiqué ce que j’appelais alors votre « double langage » (exotérique et ésotérique), ce qui se réfŹre ą la mźme problématique. Cette critique n’était pas fausse mais, aveuglée par ma croisade antispéculative de l’époque, elle demeure toutefois formelle (j’y vois une tentative pour donner ą votre systématicité spéculative « une physionomie toute  ą fait raisonnable » [§ 2]). Ce n’est pas ici votre systématicité spéculative qui est en cause (elle existe bel et bien) mais le rôle que je lui fais jouer dans votre corpus théorique. Je critiquais également les modalités théoriques de votre collaboration avec Alcuni fautori delle comunizzazione et le satisfecit que vous vous octroyiez pour l’occasion, malgré des divergences sur le fond (en l’espŹce sur l’analyse du capital, ce qui n’est pas un détail) et j’y voyais « une pratique de l’activité théorique qui transforme celle–ci en un activisme théorique » comme « une échappatoire dont a besoin, ą un moment oĚ ą un autre, tout systématicité spéculative pour dépasser ses limites » et je concluais : « c’est alors que l’on adopte un langage exotérique et que l’on met momentanément de côté ses fondements théoriques » (§ 5). Au total, on retrouve dans ce texte tout ce que je reproche plus haut ą Franćois et ą Maxime/le Niveleur au nom de l’identité de votre pratique théorique et de l’Existence de votre corpus. Ici je fais de votre pratique théorique (les modalités de votre travail avec Alcuni fautori…) un défaut de votre systématicité spéculative dans ses limites, comme si celle–ci était extérieure ą celle–lą – et une extériorité qui crée une contradiction de surcroĒt –, laquelle vous oblige ą sortir de vous mźme, comme une aliénation, dans une pratique perćue comme une échappatoire. Tout est donc ici cul par-dessus tźte et ća interdit de comprendre votre pratique théorique, comme Existence, dans sa cohérence. - On va voir tout de suite comment a contrario cette dimension exotérique de votre discours, loin de mettre entre parenthŹses vos fondamentaux les établit comme une fonction de l’Existence de votre corpus théorique comme pratique théorique : cette dimension ce ne sont pas des « mots » mais un rapport dans votre espace d’existence (publique).

Mais cela ne se connaĒt qu’ą l’usage : c’était en avril 2003, j’ai clôturé la premiŹre partie de la Matérielle dans le mźme temps, le numéro 1 de Meeting est sorti en septembre 2004 et puis il y a eu la suite, moyennant les grŹves de mai–juin 2003 qui m’ont permis de recentrer relativement mon propos initial et l’assemblée rédactionnelle du numéro 2…

Pour revenir ą la question de départ sur les « gens “simples” et “sérieux” », c’est une fois de plus dans votre Existence qu’il faut chercher la réponse si l’on veut y voir une cohérence et non une contradiction.

 

La question est : ces gens « simples » et « sérieux », qui sont–ils et oĚ sont-ils ? Comment percevez–vous ceux qui sont ą vos yeux des interlocuteurs potentiels de Meeting, c’est–ą–dire, rappelons–le, des gens face auxquels vous rencontrez des difficultés « insupportables » lorsqu’il s’agit de parler de la revue ? – C’est quand mźme ća qui motive avant tout votre plaidoyer pro Meeting. Au–delą : dans quelle mesure, dans ces conditions, peuvent–ils participer de votre pratique théorique, sans pour autant źtre manipulés ou victime d’un racket ? Mais aussi, corollairement, sans que Théorie communiste y perde son Existence ou y dévoie sa pratique théorique ?

 

16. ň l’égal de Maxime et le Niveleur, vous citez un certain nombre de groupes et/ou revues tels que Aufheben, Riff–Raff, Oiseau tempźte, TPTG (Ta Pedia Tis Galavias/ Les enfants de la galerie), un petit groupe ą Berlin, Kolinko et le Cercle de discussion (§ 2). ň part Aufheben, par rapport ą votre liste précédente, il ne reste plus personne : exit Échanges, exit Etcetera, Mouvement communiste, etc. Ce ą quoi vous vous intéressiez alors dans ces groupes c’était ą la faćon dont ils posaient théoriquement la question de la révolution comme communisation, au–delą de l’affirmation d’une période de transition, mźme si vous posiez quelques bémols chez les uns et les autres. Aujourd’hui, dans Pour Meeting, vous allez au–delą de ce point de vue. Chez Aufheben vous retenez en effet les individus qui ont quitté le groupe, chez Oiseau tempźte, ce sont ceux qui « ne se satisfont plus pleinement des radotages conseillistes de Reeves », chez Kolinko ceux qui « s’interrogent sur la répétition de l’opéraēsme… », certains éléments de Riff–Raff, etc. (§ 2). Plus loin vous les désignez comme « des personnes participant par ailleurs ą des groupes ou revues [qui] s’impliqueront dans le cheminement de Meeting » a contrario du « “groupe des parisiens” participant ą Meeting » qui « ne se donne pas une existence autre » et « se considŹre comme étant la “section parisienne” de Meeting » (§ 7).

 

17. Plusieurs traits communs caractérisent le « profil » de qui est susceptible selon vous de « cheminer » avec Meeting.

En premier lieu il y a, comme on vient de le voir, sa faćon d’źtre théorique, « simple » et « sérieuse » comme le l’ai interprétée. Mais cela ne va pas sans problŹmes du point de vue de la production de l’objectivité supposée de leurs propos.

En second lieu, il y a le fait qu’il est (et non pas il doit źtre, ce qui supposerait une intervention extérieure) plus ou moins en rupture avec son milieu d’origine, ou plus généralement insatisfait de celui–ci – ce qui peut faire effectivement référence aux « jeunes en recherche de théorie révolutionnaire » sur lesquels l’interlocuteur de Maxime craint que les « communisateurs » exercent un racket concurrent au sien, ce en quoi il se trompe bien sěr – mais par rapport ą Maxime et au Niveleur, il ne se trompe pas sur le fait de la chose.

En troisiŹme lieu, enfin, ils doivent surtout źtres capables d’avoir une « existence autre » par rapport ą Meeting afin de s’impliquer sans pour autant tomber dans la dérive « sectioniste ». Ceci est important dans la mesure oĚ cette dérive est, en interne, le corollaire de l’insatisfaction que vous éprouvez ą l’extérieur, face ą ces personnes précisément, et qui motive votre intervention dans le débat.

Ainsi délimité, ce « profil idéal », ą en rester lą, ne laisse pas d’źtre problématique : que signifie cette « existence autre » parce qu’elle participe « par ailleurs ą des groupes ou revues », sur la base d’une implication « dans le cheminement de Meeting », parce qu’elle ne satisfait pas de son existence dans ces groupes sans pour autant faire de Meeting un nouveau groupe ? Vous m’accorderez que tout cela est un peu compliqué. Et ća le devient encore plus si on ajoute ą ces deux traits le premier qui revient peu ou prou ą mettre entre parenthŹses son bagage théorique.

 

Vous écrivez : « Loin de nous l’idée, on s’en doutera, de supprimer les textes théoriques, les échanges avec ceux dont nous parlions au début seront durement théoriques » (§ 16) ce qui suppose qu’on ne laisse pas son bagage théorique ą la porte en arrivant chez Meeting. Pourtant, le fait que vous ressentiez le besoin de donner cette précision – c’est la seule fois dans votre texte oĚ vous parler de la théorie en tant que telle alors que vous ne cessez pas d’« en faire » – et la faćon dont vous la donnez « en passant », comme une évidence, sonne faux. On dirait que vous cherchez ą vous dédouaner afin que l’on ne vous suspecte pas de vouloir faire de Meeting une « revue des luttes » qui met la théorie entre parenthŹses ou qui lui accorde une place ą part, dans une rubrique parmi d’autres, comme le fait Échanges (alors que l’on sait bien que mźme pour eux, cela n’a pas de sens). Votre référence ą ce bulletin, mźme « formellement » (§ 12), n’est pas lą pour éclairer votre propos : comme si le fait de « guetter », de « formaliser ». et de « promouvoir » (§ 12) les pratiques qui « creusent un écart » dans les luttes en lieu et place des manifestations de l’« autonomie » suffisait ą faire la différence entre ce type de publications et Meeting. En outre, ą s’en tenir ą ces pratiques, elles peuvent tout aussi bien źtre formalisées dans une théorie de l’autonomie, et promues comme telle, ce qu’Échanges d’ailleurs ne fait pas mźme si elle en fait sont critŹre d’évaluation des luttes, mais ce que le Centro di ricerca per l’azione comunista, par exemple, ne manque pas de faire comme pratique militante, tout en écrivant : « Le prolétariat, en tant qu’il est ą l’intérieur du rapport capitaliste, oscille entre la nécessité de sa propre reproduction sociale et la lutte contre cette nécessité. Dans cette dynamique interne ą la lutte entre les classes, il ne peut y avoir séparation des deux termes, sinon la contradiction qui est ą la base de la polarisation sociale disparaĒt » (Lotta sporca) et en voyant dans cette oscillation le cours de l’autonomie de la classe contre sa division, entre travailleurs fixes et travailleurs précaires, par exemple (alors qu’Échanges le voit contre la répression et l’encadrement syndical et/ou patronal de l’autonomie). Par ailleurs, comme je l’ai déją dit, une théorie de l’« aire de la communisation » peut tout aussi bien intégrer votre « théorie de l’écart » (je reviendrai sur le statut de celle–ci dans la seconde partie de cette Lettre). Encore une fois, ce qui fait la différence ici, ce n’est pas le fait de la chose mais l’analyse que vous en donnez, c’est–ą–dire votre théorie de l’écart. Ce qui est cohérent et légitime de votre point de vue.

Cependant, ą quelque niveau de lecture de Théorie communiste que l’on se place, cela peut apparaĒtre contradictoire dans la mesure oĚ cette concession sur le mode de l’évidence de la présence de la théorie, ou mieux du « théorique », dans Meeting revient ą établir une séparation entre la « théorie au sens restreint », comme vous dites, c’est–ą–dire l’activité intellectuelle d’abstraction (parce que la théorie comme détermination de l’activité du prolétariat est extraction de l’immédiateté), et la théorie, précisément, comme cette détermination dont l’abstraction théorique n’est qu’une formalisation (n. 14, décembre 1997, p. 19 et suiv.). Et une séparation qui ruine l’ensemble du corpus de Théorie communiste qui repose depuis le début sur l’identité entre les deux – et c’est cette identité, est–il besoin de le préciser ?, qui fonde celui–ci comme la théorie naturelle ą l’époque, c’est–ą–dire une théorie qui ne saurait se réduire ą une abstraction.

Si ce n’est pas une contradiction, je vois dans cette forme de repentir une cohérence par défaut dans la difficulté que vous éprouvez ą parler de votre faćon de faire votre théorie dans Meeting, comme je l’ai dit plus haut. Pourtant, lorsque vous écrivez avant cela : « Meeting est en train de devenir, quelle que soit l’importance dans la revue des textes técéistes (Christian nous excusera, mais nous incluons les siens lą–dedans), la revue de l’« aire de la communisation” » (§ 10), c’est bien de pratique théorique dont vous parlez puisque ce n’est pas le poids des textes técéistes dans la revue, ni, si j’ai bien compris, les seuls textes de Denis, qui sont responsables de cette image de « revue de l’“aire de la communisation” ». – N’ayez crainte je ne me formalise pas du fait que vous m’assimiliez aux « textes técéistes » : j’ai été le premier ą reconnaĒtre cette proximité dans mon message du 31 aoět ą Senonevero – sur un plan strictement théorique toutefois, ce qui confirme ce que je dit plus haut sur le poids de la pratique théorique dans tout cela.

 

Vous allez me dire que ce « profil idéal » du participant possible ą Meeting que je décris n’existe pas chez vous, que c’est moi qui le construit ą partir d’éléments éparts dans votre texte, pour les besoins de mon analyse ; que les trois traits que j’isole, précisément, n’ont pas ą se retrouver simultanément dans un seul et mźme individu, que cela va dépendre des sujets abordés, voire des problématiques locales ; que Meeting sera ce que l’« on » en fera et que votre texte ne parle pas d’une cible marketing ą laquelle on destine le label « communisateur »… Tout ceci est parfaitement exact, y compris ma construction : les éléments éparts que j’utilise ne constituent pas un « profil idéal du postulant communisateur ». Ces traits que je distingue ne le sont que formellement et en conséquence il ne faut pas en rester lą. Mais il est exact également que cela suppose que vous–mźmes n’en restiez pas lą, et que votre « on verra », « il est possible de produire ce que l’on veut voir » (§ 18) suppose, par rapport ą ces éléments éparts, une cohérence. Cette cohérence il faut la voir, comme je l’ai dit plus haut, dans l’Existence de votre corpus, dans l’« espace d’existence » de votre pratique théorique qui la constitue ; et que cet espace soit peuplé d’éléments disparates, voire irréductibles les uns aux autres, n’enlŹve rien ą cette unité constituante, bien au contraire.

 

18. Vous écrivez : « (…) ce qui devient frappant c’est la multiplicité des maniŹres de parvenir ą cette remise en cause [du schéma révolutionnaire de l’autonomie], cette multiplicité c’était celle du projet de Meeting : la diversité actuelle d’aborder la communisation ou mźme seulement de parvenir ą formuler les questions qui y mŹnent » (§ 16). On ne peut dire mieux ce qu’était le projet de Meeting. Ce qui nous intéresse ici c’est sur quoi repose ce retour ą l’authenticité du projet. Dans le mźme paragraphe vous concluez : « le courant communisateur est une tendance contradictoire (reproduction/remise en cause) ą l’intérieur du rapport d’exploitation et de sa reproduction ». Avant cela, vous avez dit : « ň notre avis, si nous avons un travail quotidien ą fournir c’est celui de guetteurs, de formalisateurs, et de promoteurs de tout ce qui, ą l’intérieur de ce qu’est devenu la limite de ce cycle (agir en tant que classe), annonce la remise en cause par le prolétariat de son existence » (§ 12). Voilą la base de votre retour ą l’authentique, c’est–dire vos propres fondamentaux qui, loin de participer de la multiplicité et de la diversité que vous dites constater, et que vous appelez de vos vŌux pour Meeting, en sont les présupposés.

Il n’y a que vous pour qui tout cela a un sens : parce que seuls vous considérez votre théorie comme la théorie naturelle ą l’époque (dans son Existence, donc au–delą de sa vérité abstraite), et parce que vous ne pouvez pas faire autrement, il n’y a que pour vous pour qui le travail de « guetteur », de « formalisateur » ou de « promoteur » que vous proposez puisse ne pas źtre un travail de naturaliste ou de militant mais une pratique théorique ; il n’y a que pour vous qu’il est possible de parler « simplement » et « sérieusement » objectivement des luttes sans mettre entre parenthŹses son « arsenal conceptuel » ; il n‘y a que pour vous qu’il est possible de s’impliquer dans le cheminement de Meeting en ayant une « existence autre »… Tout ce qui peut paraĒtre contradictoire ou paradoxal dans votre plaidoyer pro Meeting, devient légitime et cohérent dŹs que l’on admet que le corpus técéien est le corpus théorique naturel ą l’époque. La distinction entre théorie et lutte de classes n’a pas lieu d’źtre puisque le « courant communisateur » est une tendance contradictoire dans le cycle de luttes actuel, entre se reproduire comme classe du mode de production capitaliste et se remettre en question comme telle dans les pratiques d’écart dans l’identité des deux. En ce sens, votre corpus, dans son Existence, ou votre corpus comme Existant, est le cours actuel du cycle de luttes tout autant que ce cycle est cette Existence. Une fois que l’on a compris cela (ce que ne fait pas Franćois lorsqu’il attend que survienne « un changement théoricien dans le cours des luttes » pour qu’advienne le « courant communisateur »), la question de la différence entre l’approche « institutionnelle » de ce « courant » par Maxime et le Niveleur, ainsi celle que vous proposez dans le n. 16 de Théorie communiste, et celle de Pour Meeting qui met de côté les groupes en tant que tels au profit des individus tombe d’elle–mźme.

 

19. Dans votre plaidoyer pro Meeting, lorsque vous parlez de la chose, on ne sait jamais vraiment si c’est du collectif ou de la revue dont il s’agit. J’ai dit en commenćant que s’il s’agit du fonctionnement de celle–ci, la question ne se pose pas ; donc c’est du collectif dont vous parlez. Mais celui–ci, comme assemblée rédactionnelle de la revue ne peut par définition en źtre séparé et j’ai parlé de confusion des genres pour expliquer ses errements : c’est vrai mais, une fois de plus, ą en rester lą, c’est formel. Dans votre texte, d’un côté vous faites des propositions pour retrouver ce que Meeting (la revue) « aurait dě toujours źtres » afin de la rendre plus adéquate ą sa destination initiale : « Fini la belle revue annuelle avec couverture glacée » (§ 12), « plus de nerf dans la périodicité » (§ 14), etc. et d’un autre côté vous faites des propositions ciblées pour élargir la participation ą Meeting… mais on ne sait toujours pas ą quel niveau vous situez cette participation car les deux volets de votre projet de réforme ne sont pas articulés explicitement.

Vous allez me dire que je suis trop « analytique », et qu’une nouvelle fois je vois des séparations de partout et surtout lą oĚ il n’y en a pas, au détriment d’une vision « synthétique », et une nouvelle fois je réponds que c’est vrai. C’est vrai ą ceci prŹs que cette synthŹse, ou cette articulation entre les deux volets de votre plan de réforme, n’existe immédiatement que pour vous, c’est–ą–dire implicitement, sauf ą essayer de concevoir théoriquement cette synthŹse comme je le fais ici – mais je suis le seul ą tenter cela (ą l’exception de Patlotch, comme on l’a vu plus haut, mais, il ne va pas jusqu’aux ultimes conséquences de ses prémisses)… ce qui revient ą dire que pour le reste l’indéterminé demeure la rŹgle susceptible d’admettre tout et son contraire sur un plan. Mais cette conception, c’est–ą–dire la synthŹse comme pratique théorique immanente ą l’Existence de votre corpus en tant qu’il se pose comme théorie naturelle ą l’époque ou, dit autrement, comme identité de l’activité contradictoire du prolétariat et de la mise en forme abstraite de cette activité, ou encore unité de la lutte de classes et de la théorie etc., cette conception aboutit ą reconnaĒtre que s’impliquer dans le cheminement de Meeting, comme vous dites, ća revient ą cheminer avec vous dans Meeting et, in fine, ą participer de l’Existence de Théorie communiste comme facteur de sa pratique théorique. Et c’est de cela dont vous avez du mal ą parler, c’est cela qui vous met dans la situation « insupportable » que vous dénoncez, insupportable parce que ća ne se dit pas, non parce que c’est un secret inavouable, parce qu’il cache une manipulation, un racket, de la retape en direction des « jeunes » et des insatisfaits de l’ultra–gauche etc., mais parce que cela s’impose tout autant ą vous que vous le faites partager aux autres, parce que votre théorie et la théorie naturelle ą l’époque.

De faćon générale, vous appréciez guŹre que les choses auxquelles vous participez soient formalisées de trop, l’informel du « on verra », on verra ce que la pratique, ou simplement l’usage de la chose donnera, vous convient apparemment mieux dans la mesure oĚ il est effectivement adéquat ą cet « espace d’existence » dans lequel vous ne recherchez pas des « victoires » (qui ne seraient jamais que le fait d’avoir eu raison sur la base du moment abstrait de l’activité contradictoire du prolétariat), et parce que cet espace, par définition et sauf ą perdre la plasticité nécessaire pour que vous soyez en mesure de vous y mouvoir, ne peut źtre formalisé. Sauf que pour voir, on a vu.

On a vu ce que ce refus du formalisme a donné dans le cas de Meeting au travers de tout ce que nous avons fait ou pas fait « sans que cela soit dit » (§ 9)… et cet « on a vu » c’est pas « le coup de pied de l’Čne ». āa ne l’est pas dans la mesure oĚ cette promotion de l’informel ne vaut pas comme un choix ou une posture de circonstance mais parce qu’elle s’impose ą vous comme le seul milieu adéquat ą l’Existence de votre corpus théorique ; et rien dans Pour Meeting n’est lą pour indiquer que cela puisse changer, ce qui est tout ą fait logique . Mais s’il est vrai que les mźmes causes produisent toujours les mźmes effets, il est possible de prévoir d’ores et déją la suite, c’est–ą–dire un retour ą l’identique, peut–źtre pas dans la forme de la revue dans la mesure oĚ « ća mange pas de pain », mais quant ą l’indétermination du collectif, une fois passés les effets de l’onde de choc que votre plaidoyer pro Meeting aura éventuellement généré. Mźme requalifié au travers de votre « plan de relance », un indéterminé reste un indéterminé.

 

 

En conclusion de cette premiŹre partie

 

20. Deux choses motivent votre intervention dans la « crise » de Meeting précipitée par l’« affaire Patlotch ». Dans l’ordre d’exposition de Pour Meeting il y a d’abord la situation insupportable que vous dites źtre la vôtre lorsqu’il s’agit de parler de Meeting ą des gens susceptibles d’y participer (dans le cadre de l’indétermination collectif/revue que l’on a vu plus haut). Ensuite, c’est le fait que la revue devienne l’organe de « l’aire de la communisation », ou pire d’un « parti des communisateurs » et la dérive « sectioniste » qui peut en découler, avec les comportements qui vont de pair. En conséquence, vous proposez un certain nombre de mesures destinées ą pallier ą ces deux limites afin de rétablir Meeting dans son projet initial (sans toutefois articuler explicitement ces mesures entre elles, selon moi, comme on l’a également vu), certaines de ces mesures étant de nature subjective en ce qu’elle concerne votre présence en son sein, les autres étant de nature objective en ce qu’elles touchent l’avenir de Meeting.

Au vu de l’analyse de votre pratique théorique qui précŹde, il est clair que c’est le premier motif qui détermine le second, ce qui nous ramŹne ą ce que j’ai dit en débutant sur l’insatisfaction que vous éprouvez face ą Meeting, comme ne tenant pas tant ą la chose elle–mźme qu’ą la vision que vous en avez, donc ą vous–mźme. En ce sens, si comme vous le dites, Meeting correspond ą un « besoin théorique actuel », ce besoin n’est jamais que celui de votre pratique théorique, ce qui revient ą dire, avec toutes les difficultés qu’il y a effectivement ą le dire, qu’au final s’impliquer dans le cheminement de Meeting, telle que vous concevez la chose, ća revient ą cheminer avec vous dans Meeting et au total ą participer de l’Existence de Théorie communiste comme facteur de sa pratique théorique. Étant bien entendu que cela ne relŹve pas d’un choix délibéré de votre part (comme une manipulation, de la retape, etc) mais que ća s’impose ą vous du fait de votre corpus théorique comme Existant réel. Ceci ne revient pas ą disqualifier les propositions que vous faites pour sortir la revue de l’orniŹre, mais ą reconnaĒtre que leur cohérence n’appartient qu’ą vous au travers des fondamentaux de votre théorie qui sont la justification de toutes ces propositions.

 

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Dans la seconde partie de cette Lettre ouverte je reviendrai sur le fond de ce qui fonde Théorie Communiste comme la théorie naturelle ą l’époque et sur ce qui fait que vous ne pouvez agir différemment du point de vue de votre pratique théorique. Pour cela, j’analyserai notamment ň propos de la théorie, republié dans ce numéro décisif comme on l’a vu (§ 7), qu’est le n. 14 de Théorie communiste de décembre 1997. Une analyse, donc, toujours comme une « lecture interne » qui suppose nécessairement un moment oĚ l’on s’approprie le corpus técéien, pour autant qu’on le considŹre ainsi que vous le faites vous–mźme, comme « partie intégrante, nécessaire et active de ce cycle », autrement dit que l’on considŹre votre production théorique comme « un élément réel de ce cycle de luttes » (n. 14, p. 9 ; je souligne). Une « réalité » qui, en conséquence, place cette lecture au–delą de toute métathéorie (remarque 2 au § 11).

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P.S. (27 novembre). De retour ą Marseille, je viens de trouver sur le site de la revue l’annonce d’une prochaine réunion de Meeting : « Dans le cadre de la fabrication de Meeting n°3, un débat/réunion aura lieu fin janvier/début février (…). Cette réunion a pour objet la discussion du texte L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle . » Dans les termes, cette annonce confirme l’essentiel de ce que l’on vient de lire du point de vue de votre pratique théorique, c’est–ą-dire l’indétermination du collectif et de la réunion ą laquelle vous appelez, entre la « fabrication » du numéro 3 de la revue (assemblée rédactionnelle) et le « débat » autour de l’un de vos textes (réunion « publique »). Donc une indétermination de l’activité du collectif qui ne fait sens que du point de vue de votre propre pratique théorique.Et ce n’est pas la “précision” selon laquelle « Le groupe qui fait Meeting n’est que la réunion de ceux qui y participent » qui contredit cette indétermination – c’est le « on verra » dont j’ai parlé plus haut (§ 9).

lamaterielle@tiscali.fr



[1] Numéro 14, décembre 1997, p. 9.